Elias Zerhouni : "libérer la créativité des scientifiques", NOUVELOBS.COM, 25 novembre 2008
Elias Zerhouni, radiologue, a dirigé les NIH de mai 2002 à octobre 2008.
Après la remise du rapport d’évaluation de l’Inserm qu’il a piloté, Elias Zerhouni, ancien patron de la recherche publique biomédicale américaine, s’étonne des inquiétudes soulevées par ses conclusions auprès des chercheurs français.
«C’est une critique sévère du gouvernement, c’est un appel à la libération de la créativité des scientifiques», explique-t-il à Sciences et Avenir.
Elias Zerhouni, scientifique américain d’origine algérienne, a dirigé pendant 6 ans le plus grand centre de recherches biomédicales aux Etats-Unis, les NIH (National Institutes of Health).
Le gouvernement français l’a mandaté, via l’Agence d’évaluation de la recherche (Aeres), ainsi que douze autres personnalités françaises ou étrangères, pour «faire le point sur l’organisation de la recherche médicale et des sciences de la vie en France». Dans leur rapport rendu public à la mi-novembre 2008, les 13 experts recommandent la création d’un institut national unique pour les sciences de la vie et de la santé.
Dans un contexte déjà tendu, notamment marqué par la faiblesse des budgets et la réforme du statut des enseignants-chercheurs, cette annonce a été interprétée comme la fin des établissements publics de recherche que sont le CNRS et l’Inserm. Et cela nourrit la grogne des chercheurs, qui manifesteront jeudi 27 novembre 2008 partout en France.
Pour Science et Avenir, Elias Zerhouni revient sur son diagnostic et explicite ses propositions.
Sciences et Avenir : Les syndicats de chercheurs ont appelé à la grève le 27 novembre. Ils reprochent au gouvernement de pousser à l’éclatement du CNRS. Votre rapport va dans ce sens, qu’en pensez-vous?
Elias Zerhouni: Le rapport que nous avons signé ne veut pas du tout faire éclater le CNRS et l’INSERM, c’est maintenant que ces Instituts sont éclatés ! Le problème que nous avons identifié dans le système de recherche français, c’est la superposition d’une multitude d’organisations, d’institutions de recherche nationale qui gèrent et financent la recherche (ou font les deux en même temps).
Rien que pour les sciences de la vie et de la santé, on compte l’Inserm, le CNRS, le CEA, l’ANR, l’INCa, l’ANRS, l’Inria et l’IreSP [voir Repères], plus une prolifération d’initiatives spéciales comme les Réseaux de thématiques de recherche avancée (RTRA), les Réseaux ou Centres de Recherche de recherche et de soin (R/CTRS), ou encore les «cancéropôles», les «génopoles», les «neuropôles»… etc… Avec des couches de responsabilités qui s’accumulent et aboutissent à créer un manque de responsabilité réelle.
Il est urgent de retrouver une clarté, une transparence qui n’existe pas à l’heure actuelle. Notre but essentiel est de maximiser le travail du scientifique français. On doit lui donner plus de degrés de liberté.
Je suis étonné que ce soit les chercheurs qui appellent à la grève, car le rapport est favorable aux scientifiques, pas aux administrations successives dont les décisions ont amené à cette situation trop bureaucratisée. On n’appelle pas à l’éclatement du CNRS ou de l’Inserm mais à la clarification des rôles et des responsabilités de chacun. Si vous lisez entre les lignes, c’est les gouvernements successifs qui sont critiqués. Ce n’est pas un rapport de complaisance.
Les experts qui ont rédigé ce rapport n’attendent rien du gouvernement et ils sont éloignés de toute considération politique. Ce rapport est pro-scientifique, pro-science. C’est une critique sévère du gouvernement, des structures disparates existantes, c’est un appel à la libération de la créativité des scientifiques, des moyens sur le terrain et à la limitation du pouvoir des organismes centraux multiples.
Comment avez-vous procédé pour établir ce rapport ?
Notre comité était composé de 13 personnalités scientifiques internationales, très indépendantes de nature. J’avais indiqué, en préalable à sa constitution, qu’il fallait que les membres puissent exprimer leur vérité sans entrave, sans influence politique. J’avais demandé également qu’ils puissent rencontrer autant les administratifs que les scientifiques de terrain.
Nous avons donc mené notre réflexion sur la base de rapports de l’Aeres, de publications de l’Inserm et sur de nombreuses discussions au niveau des organismes, aussi bien avec des dirigeants que des chercheurs. Au bout de plusieurs jours «d’enquête» nous nous sommes réunis pour faire la synthèse.
Notre rapport se veut compact, honnête et franc. Il conclut que le problème central de la recherche française est l’absence de séparation entre l’exécution et le pilotage de la science. Le statut des scientifiques doit être amélioré en termes financiers et opérationnels. Il faut leur apporter beaucoup plus d’autonomie et de liberté d’action.
Quelle est votre recommandation principale?
Sim-pli-fier. Ces niveaux de bureaucratie surabondants, complexes, impossibles à gérer, ne peuvent plus durer. Les scientifiques que nous avons rencontrés nous ont dit «s’il vous plaît, soyez directs et concrets car notre vie devient de plus en plus difficile. Il y a trop de niveaux d’organisations différents. Il faut se casser la tête pour boucler nos budgets avec différentes sources de financement. Six demandes de fonds sont nécessaires pour qu’une seule aboutisse. Sans parler de l’évaluation. On se fait évaluer par plusieurs organisations par an.»
On m’a même dit une phrase qui résume bien les choses : «La moitié de la France évalue l’autre moitié cette année, et l’année suivante ça sera l’inverse». Quelle perte de temps et d’énergie !
Quel est le moyen le plus efficace de résoudre ce problème selon vous ?
Le plus efficace est de séparer clairement la gestion et le financement de la recherche.
Nous recommandons que la gestion des unités de recherche soit dévolue à l’institution parente la plus proche qui peut être une Université, un institut de recherche indépendant (de type Pasteur par exemple) ou un organisme de recherche autonome financé directement par l’Etat.
Le financement et l’évaluation par les pairs scientifiques seraient assurés par un Institut national unique pour la recherche dans le domaine des Sciences de la vie en santé.
Les unités de recherche n’auront donc plus qu’une source de financement possible?
Deux, en réalité. Cet Institut national unique pour la recherche dans le domaine des Sciences de la vie en santé pourra établir deux sortes de relations financières avec les unités de recherche.
D’une part, il attribue une dotation institutionnelle sur plusieurs années à l’Université, l’institut, ou l’organisme qui gère les unités de recherche pour couvrir les dépenses fixes de base (infrastructure, personnel permanent, aménagement…), renouvelable régulièrement.
Par ailleurs, il attribue un second financement direct aux chercheurs et aux unités de recherche eux-mêmes, pour des projets donnés, après évaluation indépendante par des pairs.
Un financement qui peut être renouvelé au terme d’une période de cinq ans par exemple, si les progrès et le niveau de créativité démontrés sont satisfaisants.
Dans ce cas, c’est donc le chef de projet qui va aller à l’agence de moyen pour expliquer son projet, comme créer un centre de transfection virologique pour obtenir des cellules souches par exemple. Son projet est passé en revue par un comité indépendant qui le valide et là, on attribue au scientifique une enveloppe à gérer.
Le chercheur aura donc d’une part sa structure financée avec le coût du personnel, l’électricité..etc et d’autre par son budget de projet. Il devient plus autonome et moins sujet à la lourdeur de la bureaucratie actuelle.
Est-ce que les NIH que vous avez dirigés pendant six ans, vous ont servi de modèle pour un tel système?
Pas du tout. C’est incomparable, car les Etats-Unis sont un état fédéral et il est impossible de centraliser les choses comme en France.
Mais l’idée s’en rapproche en ce sens qu’au sein des NIH le système est centré sur le scientifique, pas sur l’institution et surtout pas dirigé de haut en bas mais de bas en haut avec beaucoup plus de recherches stimulées et dirigées par les scientifiques eux-mêmes, avec des moyens suffisants et une liberté de créativité maximale.
Il n’y a pas de solution unique, toute solution doit être générée par les acteurs eux-mêmes en prenant le meilleur de l’expérience des autres pays. Un rapport d’experts comme celui-ci, à mon avis, est une opportunité de discussion constructive et non pas de résistance viscérale à tout changement.
Propos recueillis par Eléna Sender pour Sciences et Avenir.com
Interview édité par Cécile Dumas le 25/11/08
REPÈRES : Les NIH
Les National Institutes of Health (NIH) regroupent 27 centres et instituts employant plus de 18.000 personnes. Ils forment la plus importante entité de recherche biomédicale aux Etats-Unis. Avec un budget de 22 milliards d’euros, les NIH financent plus de 325.000 scientifiques répartis dans 3.100 institutions, aux Etats-Unis et dans le monde. Les NIH font partie du département américain de la santé (Department of Health and Human Services). Elias Zerhouni, né en 1951 en Algérie, radiologue de formation, a dirigé les NIH de mai 2002 à octobre 2008. Il a quitté son poste afin de poursuivre son travail de chercheur.
Les acronymes de la recherche
Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale
CNRS : Centre national de la recherche scientifique
CEA : Commissariat à l’énergie atomique
INCa : Institut national du cancer
ANRS : Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales
INRIA : Institut national de recherche en informatique et en automatique
IreSP : Institut de recherche en santé publique
ANR : Agence nationale pour la recherche (dédiée au financement)
AERES : Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur
Awragh Eureka
"Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche"...Ni couleur de peau, ni race, ni pays, ni homme, ni femme : c'est l'esprit humai...
30.01 à 16h11 - Alerter
Independ-Chercheurs Copie d'un "modèle US" en crise
Elias Zerhouni propose de copier le "modèle US" dont Barack Obama reconnaît l'échec historique dans des termes d'une sévérité sans précédent : les Etats-Unis impo...
26.11 à 13h16 - Alerter
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mardi 25 novembre 2008
jeudi 13 novembre 2008
L’évaluation de l’INSERM
Quel avenir pour la recherche médicale et les sciences de la vie en France ? Des réponses à travers l’évaluation de l’INSERM.
AERES, 13 novembre 2008
L’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) a rendu public jeudi 13 novembre dans ses locaux (20 rue Vivienne, 75002 Paris) le rapport d’évaluation de l’INSERM (Institut de la santé et de la recherche médicale).
Un paysage éclaté
Commandité par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et par le Ministère de la Santé, ce rapport est très attendu pour faire le point sur l’organisation de la recherche médicale et des sciences de la vie en France.
Dans un paysage très éclaté, l’INSERM représente 40% des financements d’un secteur où interviennent aussi le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), les Universités, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), l’ANR (Agence nationale pour la recherche), l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le SIDA), l’INCA (Institut national du cancer) et les CHU (centre hospitalo-universitaire).
La Cour des comptes en 2005 avait été la première à s’interroger sur la pertinence de cet éclatement.
Des personnalités scientifiques étrangères de tout premier plan.
L’évaluation stratégique de l’INSERM a été conduite sous l’égide de l’AERES de janvier à novembre 2008 par un comité d’évaluation de stature internationale. Elle a comporté une phase d’auto-évaluation puis une visite du 14 au 17 septembre qui a permis au comité d’entendre une soixantaine de personnes : directeurs, chercheurs, institutions présentes dans le même domaine...
L’évaluation a été conduite par Elias Zehrouni, Directeur des NIHs américains (National Institutes of Health) secondé par 2 personnalités qualifiées et 11 scientifiques de haut niveau, dont un prix Nobel de chimie, un prix Nobel de médecine, le directeur du MRC (Medical Research Council) britannique, etc…
Des recommandations sans langue de bois
Les conclusions du rapport ont été présentées par Elias Zehrouni et Jean-François Dhainaut, Président de l’AERES, Michel Cormier, directeur de la section des établissements de l’AERES, lors d’une conférence de presse jeudi 13 novembre dans ses locaux (20 rue Vivienne, 75002 Paris).
Ces conclusions ainsi que les observations de l’INSERM ont été rendues publiques juste après la conférence de presse, notamment sur le site internet de l’AERES http://www.aeres-evaluation.fr
Composition du comité de visite :
Président : Elias A. ZERHOUNI, MD, Directeur général des "National Institutes of Health (NIH)"
Membres du comité :
- Patrick AEBISCHER, MD, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ;
- Peter AGRE, MD, professeur et directeur, Johns Hopkins Malaria Research Institute, prix Nobel de chimie ;
- Alain BEAUDET, MD, PhD, président des Canadian Institutes of Health Research (CIHR), Chief Executive Officer of the Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) ;
- Sir Leszek BORYSIEWICZ, KBE, directeur général du Medical Research Council London (MRC) ;
- Pierre CHAMBON, MD, professeur honoraire au Collège de France ;
- Jean-Paul CLOZEL, PDG d’Actelion Ltd ;
- Lionel COLLET, MD, président de l’université Claude-Bernard – Lyon 1 ;
- Jacques GLOWINSKI, professeur honoraire au Collège de France ;
- Bernard LEJEUNE, secrétaire général de l’académie de Grenoble ;
- Claude LENFANT, MD, ancien directeur du National Heart, Lung and Blood Institute, NIH ;
- Michel van der REST, PhD, directeur général de Synchrotron Soleil ;
- Rose-Marie VAN LERBERGHE, Président directeur général de Korian
- Harold VARMUS, MD, directeur général du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, prix Nobel de médecine
AERES, 13 novembre 2008
L’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) a rendu public jeudi 13 novembre dans ses locaux (20 rue Vivienne, 75002 Paris) le rapport d’évaluation de l’INSERM (Institut de la santé et de la recherche médicale).
Un paysage éclaté
Commandité par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et par le Ministère de la Santé, ce rapport est très attendu pour faire le point sur l’organisation de la recherche médicale et des sciences de la vie en France.
Dans un paysage très éclaté, l’INSERM représente 40% des financements d’un secteur où interviennent aussi le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), les Universités, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), l’ANR (Agence nationale pour la recherche), l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le SIDA), l’INCA (Institut national du cancer) et les CHU (centre hospitalo-universitaire).
La Cour des comptes en 2005 avait été la première à s’interroger sur la pertinence de cet éclatement.
Des personnalités scientifiques étrangères de tout premier plan.
L’évaluation stratégique de l’INSERM a été conduite sous l’égide de l’AERES de janvier à novembre 2008 par un comité d’évaluation de stature internationale. Elle a comporté une phase d’auto-évaluation puis une visite du 14 au 17 septembre qui a permis au comité d’entendre une soixantaine de personnes : directeurs, chercheurs, institutions présentes dans le même domaine...
L’évaluation a été conduite par Elias Zehrouni, Directeur des NIHs américains (National Institutes of Health) secondé par 2 personnalités qualifiées et 11 scientifiques de haut niveau, dont un prix Nobel de chimie, un prix Nobel de médecine, le directeur du MRC (Medical Research Council) britannique, etc…
Des recommandations sans langue de bois
Les conclusions du rapport ont été présentées par Elias Zehrouni et Jean-François Dhainaut, Président de l’AERES, Michel Cormier, directeur de la section des établissements de l’AERES, lors d’une conférence de presse jeudi 13 novembre dans ses locaux (20 rue Vivienne, 75002 Paris).
Ces conclusions ainsi que les observations de l’INSERM ont été rendues publiques juste après la conférence de presse, notamment sur le site internet de l’AERES http://www.aeres-evaluation.fr
Composition du comité de visite :
Président : Elias A. ZERHOUNI, MD, Directeur général des "National Institutes of Health (NIH)"
Membres du comité :
- Patrick AEBISCHER, MD, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ;
- Peter AGRE, MD, professeur et directeur, Johns Hopkins Malaria Research Institute, prix Nobel de chimie ;
- Alain BEAUDET, MD, PhD, président des Canadian Institutes of Health Research (CIHR), Chief Executive Officer of the Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) ;
- Sir Leszek BORYSIEWICZ, KBE, directeur général du Medical Research Council London (MRC) ;
- Pierre CHAMBON, MD, professeur honoraire au Collège de France ;
- Jean-Paul CLOZEL, PDG d’Actelion Ltd ;
- Lionel COLLET, MD, président de l’université Claude-Bernard – Lyon 1 ;
- Jacques GLOWINSKI, professeur honoraire au Collège de France ;
- Bernard LEJEUNE, secrétaire général de l’académie de Grenoble ;
- Claude LENFANT, MD, ancien directeur du National Heart, Lung and Blood Institute, NIH ;
- Michel van der REST, PhD, directeur général de Synchrotron Soleil ;
- Rose-Marie VAN LERBERGHE, Président directeur général de Korian
- Harold VARMUS, MD, directeur général du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, prix Nobel de médecine
mercredi 3 septembre 2008
La SNRI au Conseil des Ministres
Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a présenté le 3 septembre 2008 en Conseil des ministres une communication sur la «stratégie nationale de recherche et d'innovation» (SNRI).
La mise en place de cette stratégie a été recommandée par le comité de modernisation des politiques publiques (CMPP), agissant dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) (Lien). Le CMPP a pointé la nécessité d'identifier des priorités de recherche au niveau national en fonction des besoins de la société, des défis scientifiques à relever et des marchés porteurs pour les entreprises.
Pour le gouvernement, la stratégie nationale de recherche et d'innovation (SNRI) constitue une vision d'ensemble des défis à relever dans le domaine de la recherche et de l'innovation, pour établir les priorités, mettre en cohérence l'action de tous les acteurs et d'allouer au mieux les financements publics. Elle doit prendra en compte l'existence d'un continuum allant de la recherche la plus fondamentale à l'innovation, à l'image des travaux du dernier Prix Nobel de physique français, Albert Fert.
Lancée par le Président de la République Nicolas Sarkozy lors de son discours du 22 janvier 2009, la première édition du SNRI pour la période 2009-2012 aura lieu à compter du mois d'octobre 2008, sera ouverte par la remise d'un document en mars 2009.
Références
- Page Web du MESR sur ce thème.
- Tribune de Valérie Pécresse dans les Échos
- SNRI, le document du ministère
- Les SNRI à l'étranger (MESR)
La mise en place de cette stratégie a été recommandée par le comité de modernisation des politiques publiques (CMPP), agissant dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) (Lien). Le CMPP a pointé la nécessité d'identifier des priorités de recherche au niveau national en fonction des besoins de la société, des défis scientifiques à relever et des marchés porteurs pour les entreprises.
Pour le gouvernement, la stratégie nationale de recherche et d'innovation (SNRI) constitue une vision d'ensemble des défis à relever dans le domaine de la recherche et de l'innovation, pour établir les priorités, mettre en cohérence l'action de tous les acteurs et d'allouer au mieux les financements publics. Elle doit prendra en compte l'existence d'un continuum allant de la recherche la plus fondamentale à l'innovation, à l'image des travaux du dernier Prix Nobel de physique français, Albert Fert.
Lancée par le Président de la République Nicolas Sarkozy lors de son discours du 22 janvier 2009, la première édition du SNRI pour la période 2009-2012 aura lieu à compter du mois d'octobre 2008, sera ouverte par la remise d'un document en mars 2009.
Références
- Page Web du MESR sur ce thème.
- Tribune de Valérie Pécresse dans les Échos
- SNRI, le document du ministère
- Les SNRI à l'étranger (MESR)
jeudi 5 juin 2008
Valérie Pécresse face à Pierre Joliot et Édouard Brézin
Valérie Pécresse face à Pierre Joliot et Édouard Brézin
Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 1
Débat: Valérie Pécresse face aux chercheurs(1/4) - Nouvel Obs
Quatre ans après "la révolte des chercheurs" qui avait abouti au déblocage de 2 milliards par l`Etat, la tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Nombres de chercheurs focalisent sur la réorganisation du CNRS. La polémique enfle. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Première partie : Vers un démantèlement du CNRS?
Quatre ans après "la révolte des chercheurs" qui avait abouti au déblocage de 2 milliards par l`Etat, la tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Nombres de chercheurs focalisent sur la réorganisation du CNRS. La polémique enfle. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Première partie : Vers un démantèlement du CNRS?
Partie 2
Débat: Valérie Pécresse face aux chercheurs(2/4) - Nouvel Obs
La tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Deuxième partie : Qu`en est-il de l`organisation des sciences de la vie? Qui coordonne?
La tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Deuxième partie : Qu`en est-il de l`organisation des sciences de la vie? Qui coordonne?
Partie 3
Débat: Valérie Pécresse face aux chercheurs(3/4) - Nouvel Obs
La tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Troisième partie : où ira l`argent?
La tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Troisième partie : où ira l`argent?
Partie 4
Débat: Valérie Pécresse face aux chercheurs(4/4) - Nouvel Obs
La tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Dernière partie : qui évalue? Comment? Qu`en est-il des chargés de cours?
La tension monte à nouveau dans l`univers de la recherche. Le 5 juin, nous avons organisé un débat dans les studios du Nouvel Observateur entre la ministre de l`Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et deux chercheurs choisis pour leur longue expérience, le physicien Edouard Brézin et le biologiste Pierre Joliot. Dernière partie : qui évalue? Comment? Qu`en est-il des chargés de cours?
mardi 27 mai 2008
Nature: France's research agency splits up
France's research agency splits up - Nature - 27 May 2008
The CNRS is being carved up into separate institutes.
by Declan Butler
France's CNRS, the largest fundamental science agency in Europe, is to be reorganized into six quasi-autonomous national institutes by the end of the year. In essence, the move amounts to a dismantling of the CNRS, commentators say, replacing it with a UK-style system, which is organized by major discipline.
The current CNRS-controlled departments will be hived off into a federation of six new semi-autonomous national institutes for mathematics, physics, chemistry, engineering sciences, humanities and social sciences, and ecology and biodiversity. These will be similar in nature to its two existing institutes, the National Institute of Nuclear and Particle Physics and the National Institute of Earth Sciences and Astronomy.
Life sciences — which currently accounts for around one-quarter of the CNRS's budget — is strikingly absent from the list. National coordination of life-sciences research will transfer to the national biomedical agency Inserm, although the CNRS will still have a say, as will the agricultural research agency INRA and the atomic energy commission (the CEA). The national strategy for information-technology research will be shared between the CNRS and the national computer science agency INRIA. Both disciplines will be relegated to departments within the CNRS.
Another radical change is that the CNRS will not appoint the directors of the new institutes. Instead, it will be able to propose names, but the government will appoint the heads after an international search. According to Valérie Pécresse, the minister for higher education and research, this move will improve transparency and "attract the best scientists".
The CNRS was due to announce its reform plans on 19 June after negotiations with the science ministry and other agencies. However, in a deliberate fait accompli on 20 May, Pécresse laid out the reforms in Le Monde newspaper. That tactic has been slammed by the science and higher-education trade unions and the 'Save Research' movement, who denounced the reforms as "asset-stripping" and a bid by the government to seize research control from the CNRS. As Nature went to press, opponents of the reform were organizing 'academic pride' demonstrations across the country.
The CNRS is being carved up into separate institutes.
by Declan Butler
France's CNRS, the largest fundamental science agency in Europe, is to be reorganized into six quasi-autonomous national institutes by the end of the year. In essence, the move amounts to a dismantling of the CNRS, commentators say, replacing it with a UK-style system, which is organized by major discipline.
The current CNRS-controlled departments will be hived off into a federation of six new semi-autonomous national institutes for mathematics, physics, chemistry, engineering sciences, humanities and social sciences, and ecology and biodiversity. These will be similar in nature to its two existing institutes, the National Institute of Nuclear and Particle Physics and the National Institute of Earth Sciences and Astronomy.
Life sciences — which currently accounts for around one-quarter of the CNRS's budget — is strikingly absent from the list. National coordination of life-sciences research will transfer to the national biomedical agency Inserm, although the CNRS will still have a say, as will the agricultural research agency INRA and the atomic energy commission (the CEA). The national strategy for information-technology research will be shared between the CNRS and the national computer science agency INRIA. Both disciplines will be relegated to departments within the CNRS.
Another radical change is that the CNRS will not appoint the directors of the new institutes. Instead, it will be able to propose names, but the government will appoint the heads after an international search. According to Valérie Pécresse, the minister for higher education and research, this move will improve transparency and "attract the best scientists".
The CNRS was due to announce its reform plans on 19 June after negotiations with the science ministry and other agencies. However, in a deliberate fait accompli on 20 May, Pécresse laid out the reforms in Le Monde newspaper. That tactic has been slammed by the science and higher-education trade unions and the 'Save Research' movement, who denounced the reforms as "asset-stripping" and a bid by the government to seize research control from the CNRS. As Nature went to press, opponents of the reform were organizing 'academic pride' demonstrations across the country.
jeudi 6 décembre 2007
Il faut sauver les largués de la fac
Il faut sauver les largués de la fac , nouvelobs.com, 6 décembre 2007
Le décrochage, plaie de l'université
L'université, pas toujours adaptée aux publics qu'elle accueille, laisse partir un quart des étudiants sans aucun diplôme. Un fléau générateur de malaise chez les jeunes
A quoi sert d'avoir démocratisé l'université si c'est pour laisser un quart des étudiants sur le bas-côté ? C'est à cette question cruciale qu'est confrontée aujourd'hui la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse. En effet, le malaise étudiant trouve une de ses racines dans ce spectre de l'échec et de l'abandon qui hante aujourd'hui les facs françaises. Et la ministre a dû promettre d'avancer au 1er janvier 2008 son «plan réussite en licence» dans ses négociations avec les grévistes ! On ne sait comment les appeler : les étudiants fantômes ? les décrocheurs de la fac ? Inscrits après leur bac, la fleur au fusil ou à reculons, ils y sont restés huit jours, un, deux, trois ou même quatre ans. Et un jour ils ont disparu. Evaporés. Sans diplôme. Un chercheur les a surnommés les «bac plus rien».
Le mal a plusieurs sources. Mauvaise orientation, encadrement insuffisant, inadaptation d'une pédagogie prévue initialement pour l'élite quand les facs d'aujourd'hui accueillent des «nouveaux publics», élèves moyens ou de milieu modeste avec peu de ressources. Antoine, bachelier de justesse, entré le 25 octobre dernier à la fac de droit d'Assas, a déclaré forfait au bout d'un mois. Pourtant, sa famille avait mis beaucoup d'espoir dans ce juriste en herbe. «Si l'on voyait un avocat à la tek, ma mère disait : «Tiens, ce sera peut-être Antoine !»» Aujourd'hui, il se lève à la mi-journée, rôde au quartier Latin et cherche un petit boulot. Dès le début, il s est presque senti indésirable à la fac. Réunion de prérentrée : «On était 600. On nous a dit : «Attention, c'est très difficile, la moitié d'entre vous vont abandonner !' C'était paralysant. Je me suis tout de suite senti visé.» Premier cours en amphi : «Plus de places. J'étais assis sur une marche. Je ne voyais pas le prof. J'avais l'impression d écouter la radio.» Tout de même, il a tendu l'oreille. Le cours portait sur les fondements historiques du droit. «Le type parlait solennellement, comme un pasteur. Il citait la Bible. Je me demandais ce que je fichais là...» A la sortie de l'amphi, Antoine s'est senti écrasé par la foule, perdu. «Je ne connaissais personne. Je ne voyais pas comment entrer en contact.» Et les travaux dirigés ? Là encore, ce grand et beau garçon timide a eu l'impression d'être en marge. «Des élèves brillants posaient des questions avec un vocabulaire que je ne connaissais pas.» Sentiment d'exclusion, certitude de ne pas être attendu. Suffisant pour tout arrêter. «Je ne l'ai pas encore dit à mes parents, mais je préfère prendre un job pour m'inscrire en BTS l'an prochain. Au moins ce sera concret et humain.»
Un peu trop défaitiste, Antoine ? Un «cas particulier, victime de son manque de volonté», comme il l'affirme, un peu honteux ? Pas vraiment. Ils sont entre 50 000 et 60 000 comme lui. Ajoutés aux 30 000 jeunes qui n'obtiennent pas leur BTS ou, dans une moindre mesure, le DUT, cela fait ainsi près de 11% d'une classe d'âge passée par l'enseignement supérieur qui est en échec. Or ces «grands perdants de la course aux diplômes», comme les appelle un pertinent ouvrage commandé par l'Observatoire national de la Vie étudiante (1), pensent comme Antoine que tout est de leur faute. L'expérience est vécue «comme un échec personnel dont les jeunes seraient seuls responsables», notent les chercheurs.
Alors certains s'acharnent, comme l'a fait pendant quatre ans Mathias, 22 ans. Regard bleu perçant, un casque de boucles blondes, fou de cinéma. Le jeune homme a essayé la philo une première année, les lettres une deuxième année, puis, finalement, l'anglais pendant deux ans. Manifestement, il ne comprenait pas bien ce qu'on attendait de lui. Les notes ne suivaient pas. Mystère d'un enseignement qui n'a pas su faire réussir un garçon brillant, fils de prof, bilingue anglais, gros lecteur, qui écrivait des critiques de films pour un site internet... Lui aussi a été gagné par le découragement. «En fac d'anglais, on ne parlait même pas anglais, sauf une heure au laboratoire de langues. C'était absurde.» Alors aujourd'hui il arrête les frais. «Je vais chercher du travail et me consacrer à ma passion pour le cinéma.»
Les universitaires connaissent bien ces étudiants fantômes, source pour eux d'une sourde culpabilité. Ancien chargé de cours en «arts du spectacle» dans une fac de province, Jérôme a été médusé : «Un tiers des TD avaient disparu dès la deuxième séance. A mon grand étonnement, je les voyais réapparaître à h fin du semestre avec une feuille de présence à me faire signer : «S'il vous plaît, M'sieur, c'est pour toucher ma bourse» J'avais l'impression de faire l'assistante sociale.» Jérôme se renseignait. Ces jeunes avaient-ils choisi cette filière par passion créatrice, par romantisme artistique ? «Non, c'est parce que c'était là qu'il restait de la place !»
Jusqu'à il y a peu, la collectivité acceptait le phénomène comme une fatalité. Or l'échec à l'université est le fruit de logiques parfaitement identifiées. Etre un élève moyen, être un garçon, avoir eu son bac à plus de 19 ans sans mention, devoir travailler pour financer ses études (15% sont au moins à mi-temps) sont autant de caractéristiques qui prédisposent au décrochage. On s'en doutait, mais une chercheuse du ministère de l'Education nationale, Sylvie Lemaire, l'a prouvé chiffres à l'appui (1). Certaines disciplines connaissent des taux d'évaporation particulièrement importants : AES, (administration économique et sociale), langues. Pour peu qu'on s'y soit inscrit sans l'avoir choisi, c'est encore pire.
Et puis certains bacs vouent à l'échec. Avec un bac S, on s'en sort bien à l'université. Avec un bac technologique, c'est le plantage pour 62% des jeunes. Avec un bac professionnel, c'est le massacre assuré : 94% se rétament. Comme ces bacs pro des cités de Montbéliard décrits par le sociologue Stéphane Beaud : leur bref passage en fac d'histoire les a profondément humiliés, eux qui, invités à citer des noms d'historiens, n'avaient trouvé que celui... de l'animateur de télé Pierre Bellemare. Une fois de plus, les enfants de cadres, plus nombreux à avoir des bons bacs, s'en sortent mieux. Hypocrisie du système, qui laisse tous ces jeunes aller à l'abattoir au nom de l'égalité des chances. Le plus aberrant, c'est qu'initialement les classes de DUT (diplôme universitaire de technologie) , bien encadrées et beaucoup mieux dotées financièrement que les universités, avaient été imaginées pour les bacs techniques. Elles sont désormais trustées aux deux tiers par les titulaires de bacs généraux qui poursuivent ensuite leurs études : ce sont en réalité de petites prépas. C'est le monde à l'envers : aux élèves moyens la fac conçue au départ pour des intellos; aux forts en thème les DUT, prévus initialement pour les «technos».
Le pire, c'est que la ministre aussi bien que l'establishment universitaire se proclament à grands cris opposés à la sélection (même si certains n'en pensent pas moins), alors que celle-ci est manifeste, fondée sur le découragement. Certes, des mécanismes de secours ont été instaurés. Le tutorat, mais en pratique il est utilisé par ceux qui en ont le moins besoin. L'«orientation active», encore expérimentale, qui consiste à informer les jeunes dès l'inscription sur les débouchés des filières choisies et sur leurs chances de réussite. Les candidatures de bacheliers techno doivent aussi être examinés en priorité en classes de BTS. Il faudra cependant beaucoup plus. En particulier, dégager réellement des places de DUT et de BTS pour ceux à qui elles étaient destinées et organiser un encadrement beaucoup plus structurant pour les étudiants fragiles. Le grand chantier «réussite en licence» ne pourra pas se contenter de petits dispositifs.
(1)«L'Abandon des études supérieures», ouvrage collectif, La Documentation française.
Jacqueline de Linares
Le Nouvel Observateur
Le décrochage, plaie de l'université
L'université, pas toujours adaptée aux publics qu'elle accueille, laisse partir un quart des étudiants sans aucun diplôme. Un fléau générateur de malaise chez les jeunes
A quoi sert d'avoir démocratisé l'université si c'est pour laisser un quart des étudiants sur le bas-côté ? C'est à cette question cruciale qu'est confrontée aujourd'hui la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse. En effet, le malaise étudiant trouve une de ses racines dans ce spectre de l'échec et de l'abandon qui hante aujourd'hui les facs françaises. Et la ministre a dû promettre d'avancer au 1er janvier 2008 son «plan réussite en licence» dans ses négociations avec les grévistes ! On ne sait comment les appeler : les étudiants fantômes ? les décrocheurs de la fac ? Inscrits après leur bac, la fleur au fusil ou à reculons, ils y sont restés huit jours, un, deux, trois ou même quatre ans. Et un jour ils ont disparu. Evaporés. Sans diplôme. Un chercheur les a surnommés les «bac plus rien».
Le mal a plusieurs sources. Mauvaise orientation, encadrement insuffisant, inadaptation d'une pédagogie prévue initialement pour l'élite quand les facs d'aujourd'hui accueillent des «nouveaux publics», élèves moyens ou de milieu modeste avec peu de ressources. Antoine, bachelier de justesse, entré le 25 octobre dernier à la fac de droit d'Assas, a déclaré forfait au bout d'un mois. Pourtant, sa famille avait mis beaucoup d'espoir dans ce juriste en herbe. «Si l'on voyait un avocat à la tek, ma mère disait : «Tiens, ce sera peut-être Antoine !»» Aujourd'hui, il se lève à la mi-journée, rôde au quartier Latin et cherche un petit boulot. Dès le début, il s est presque senti indésirable à la fac. Réunion de prérentrée : «On était 600. On nous a dit : «Attention, c'est très difficile, la moitié d'entre vous vont abandonner !' C'était paralysant. Je me suis tout de suite senti visé.» Premier cours en amphi : «Plus de places. J'étais assis sur une marche. Je ne voyais pas le prof. J'avais l'impression d écouter la radio.» Tout de même, il a tendu l'oreille. Le cours portait sur les fondements historiques du droit. «Le type parlait solennellement, comme un pasteur. Il citait la Bible. Je me demandais ce que je fichais là...» A la sortie de l'amphi, Antoine s'est senti écrasé par la foule, perdu. «Je ne connaissais personne. Je ne voyais pas comment entrer en contact.» Et les travaux dirigés ? Là encore, ce grand et beau garçon timide a eu l'impression d'être en marge. «Des élèves brillants posaient des questions avec un vocabulaire que je ne connaissais pas.» Sentiment d'exclusion, certitude de ne pas être attendu. Suffisant pour tout arrêter. «Je ne l'ai pas encore dit à mes parents, mais je préfère prendre un job pour m'inscrire en BTS l'an prochain. Au moins ce sera concret et humain.»
Un peu trop défaitiste, Antoine ? Un «cas particulier, victime de son manque de volonté», comme il l'affirme, un peu honteux ? Pas vraiment. Ils sont entre 50 000 et 60 000 comme lui. Ajoutés aux 30 000 jeunes qui n'obtiennent pas leur BTS ou, dans une moindre mesure, le DUT, cela fait ainsi près de 11% d'une classe d'âge passée par l'enseignement supérieur qui est en échec. Or ces «grands perdants de la course aux diplômes», comme les appelle un pertinent ouvrage commandé par l'Observatoire national de la Vie étudiante (1), pensent comme Antoine que tout est de leur faute. L'expérience est vécue «comme un échec personnel dont les jeunes seraient seuls responsables», notent les chercheurs.
Alors certains s'acharnent, comme l'a fait pendant quatre ans Mathias, 22 ans. Regard bleu perçant, un casque de boucles blondes, fou de cinéma. Le jeune homme a essayé la philo une première année, les lettres une deuxième année, puis, finalement, l'anglais pendant deux ans. Manifestement, il ne comprenait pas bien ce qu'on attendait de lui. Les notes ne suivaient pas. Mystère d'un enseignement qui n'a pas su faire réussir un garçon brillant, fils de prof, bilingue anglais, gros lecteur, qui écrivait des critiques de films pour un site internet... Lui aussi a été gagné par le découragement. «En fac d'anglais, on ne parlait même pas anglais, sauf une heure au laboratoire de langues. C'était absurde.» Alors aujourd'hui il arrête les frais. «Je vais chercher du travail et me consacrer à ma passion pour le cinéma.»
Les universitaires connaissent bien ces étudiants fantômes, source pour eux d'une sourde culpabilité. Ancien chargé de cours en «arts du spectacle» dans une fac de province, Jérôme a été médusé : «Un tiers des TD avaient disparu dès la deuxième séance. A mon grand étonnement, je les voyais réapparaître à h fin du semestre avec une feuille de présence à me faire signer : «S'il vous plaît, M'sieur, c'est pour toucher ma bourse» J'avais l'impression de faire l'assistante sociale.» Jérôme se renseignait. Ces jeunes avaient-ils choisi cette filière par passion créatrice, par romantisme artistique ? «Non, c'est parce que c'était là qu'il restait de la place !»
Jusqu'à il y a peu, la collectivité acceptait le phénomène comme une fatalité. Or l'échec à l'université est le fruit de logiques parfaitement identifiées. Etre un élève moyen, être un garçon, avoir eu son bac à plus de 19 ans sans mention, devoir travailler pour financer ses études (15% sont au moins à mi-temps) sont autant de caractéristiques qui prédisposent au décrochage. On s'en doutait, mais une chercheuse du ministère de l'Education nationale, Sylvie Lemaire, l'a prouvé chiffres à l'appui (1). Certaines disciplines connaissent des taux d'évaporation particulièrement importants : AES, (administration économique et sociale), langues. Pour peu qu'on s'y soit inscrit sans l'avoir choisi, c'est encore pire.
Et puis certains bacs vouent à l'échec. Avec un bac S, on s'en sort bien à l'université. Avec un bac technologique, c'est le plantage pour 62% des jeunes. Avec un bac professionnel, c'est le massacre assuré : 94% se rétament. Comme ces bacs pro des cités de Montbéliard décrits par le sociologue Stéphane Beaud : leur bref passage en fac d'histoire les a profondément humiliés, eux qui, invités à citer des noms d'historiens, n'avaient trouvé que celui... de l'animateur de télé Pierre Bellemare. Une fois de plus, les enfants de cadres, plus nombreux à avoir des bons bacs, s'en sortent mieux. Hypocrisie du système, qui laisse tous ces jeunes aller à l'abattoir au nom de l'égalité des chances. Le plus aberrant, c'est qu'initialement les classes de DUT (diplôme universitaire de technologie) , bien encadrées et beaucoup mieux dotées financièrement que les universités, avaient été imaginées pour les bacs techniques. Elles sont désormais trustées aux deux tiers par les titulaires de bacs généraux qui poursuivent ensuite leurs études : ce sont en réalité de petites prépas. C'est le monde à l'envers : aux élèves moyens la fac conçue au départ pour des intellos; aux forts en thème les DUT, prévus initialement pour les «technos».
Le pire, c'est que la ministre aussi bien que l'establishment universitaire se proclament à grands cris opposés à la sélection (même si certains n'en pensent pas moins), alors que celle-ci est manifeste, fondée sur le découragement. Certes, des mécanismes de secours ont été instaurés. Le tutorat, mais en pratique il est utilisé par ceux qui en ont le moins besoin. L'«orientation active», encore expérimentale, qui consiste à informer les jeunes dès l'inscription sur les débouchés des filières choisies et sur leurs chances de réussite. Les candidatures de bacheliers techno doivent aussi être examinés en priorité en classes de BTS. Il faudra cependant beaucoup plus. En particulier, dégager réellement des places de DUT et de BTS pour ceux à qui elles étaient destinées et organiser un encadrement beaucoup plus structurant pour les étudiants fragiles. Le grand chantier «réussite en licence» ne pourra pas se contenter de petits dispositifs.
(1)«L'Abandon des études supérieures», ouvrage collectif, La Documentation française.
Jacqueline de Linares
Le Nouvel Observateur
jeudi 29 novembre 2007
Universités : la mauvaise colère
Universités : la mauvaise colère , par jacques Julliard, nouvelobs.com, 29 novembre 2007
Des actions minoritaires n'aident pas à la mobilisation des étudiants autour d'une ligne revendicative cohérente
Tous ceux qui sont attachés à l'université française, aux valeurs qu'elle défend, à commencer par l'esprit critique; tous ceux qui savent que le développement de l'enseignement supérieur et de la recherche est la condition de l'essor économique du pays, de la création d'emplois et de la défense du niveau de vie; tous ceux, enfin, qui pensent que le syndicalisme a besoin de la démocratie pour vivre, tous ceux-là sont consternés par la tournure que prend aujourd'hui le mouvement de contestation étudiante. Et cela qu'ils soient de droite ou, surtout, de gauche. J'ai critiqué assez tôt les orientations économiques et sociales du gouvernement Sarkozy pour avoir le droit de dire, sans encourir le soupçon de complaisance, que la loi sur l'autonomie de l'université est une loi nécessaire.
C'est d'abord un mouvement très minoritaire. Non seulement parce qu'il ne touche pas les secteurs soumis à sélection (grandes écoles et prépas, IUT, BTS), mais aussi parce qu'à l'intérieur des universités proprement dites il ne s'est guère développé que dans le secteur des lettres et sciences sociales. De ce fait, il est condamné à la violence. Le blocage est un aveu de faiblesse et une violence faite au droit des étudiants de se prononcer librement. Le reste est du même acabit : manipulation des assemblées générales et des votes, atmosphère d'intimidation, rumeurs mensongères, insultes, brutalités. L'Unef, qui joue dans cette affaire le rôle responsable qui a été celui de la CGT chez les cheminots, s'en est plainte elle-même. Quand F extrême-droite utilise ponctuellement de telles méthodes, comme à Assas, on s'en scandalise et l'on crie au fascisme. Faut-il les tolérer ici de la part de SUD, de la CNT, des autonomes ?
Il y a plus grave encore : le mouvement actuel a quelque chose d'immobiliste qui s'oppose à toute espèce de réforme. En l'absence de révolution, les révolutionnaires sont en vérité les meilleurs auxiliaires des conservateurs. C'est dire qu'en dépit de son discours populiste, le mouvement s'accommode d'un taux d'échec insupportable dans les premiers cycles, d'inégalités sociales énormes et du déclin de l'institution elle-même. Un tel mouvement, malgré ses dehors juvéniles, a quelque chose de mortifère. Il est l'équivalent chez les étudiants de ce que furent Pierre Poujade et Gérard Nicoud chez les artisans et commerçants : activisme désordonné, vision crépusculaire, absence de perspectives.
Pourquoi, dès lors, rencontre-t-il un écho dans la masse étudiante, lors même qu'elle en condamne les méthodes ? D'abord à cause d'une véritable paupérisation de la condition étudiante, visible notamment dans le logement. La difficulté de se loger et le prix des locations, le délabrement des cités universitaires, tout cela pèse aujourd'hui très lourd. Ensuite, à cause de la morne désespérance de la plupart des étudiants quant à leur avenir. C'est la crainte du chômage possible, plus que le chômage effectif lui-même, qui ronge le for intérieur de la nation. D'où le caractère contradictoire des doléances. Les étudiants déplorent que les universités soient devenues des usines à chômeurs, mais en même temps ils redoutent que les entreprises puissent mettre la main sur l'université. En vérité, derrière un discours anticapitaliste convenu se cache un déni de l'économique, l'aspiration à un monde immobile, un rêve de lévitation sociale permanente, sous la protection de l'Etat.
Certes, il ne s'agit pas de confondre un mouvement minoritaire avec une masse étudiante beaucoup plus consciente des réalités. Mais il faut, à la fin, savoir ce que l'on veut, sinon on ne l'aura sûrement pas. C'est ainsi - autre contradiction - que le mouvement étudiant est hostile à la sélection à l'entrée des universités et il a raison : nous n'avons pas trop d'étudiants, au contraire. Mais en même temps il dit non à toute orientation, à toute diversification des filières, à toute spécialisation des universités : les mêmes diplômes pour tous et pour toujours ! On ne peut tout de même pas, sous prétexte d'égalité, promettre le Collège de France ou l'Académie des Sciences à toute une classe d'âge. Victime de la rotation rapide de ses cadres et d'une véritable anomie du milieu, le monde étudiant peine à définir une identité. Il a besoin de se réunifier autour d'une ligne revendicative cohérente, pour cesser d'être la proie de ses politiciens et de ses convulsionnaires.
Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur
Des actions minoritaires n'aident pas à la mobilisation des étudiants autour d'une ligne revendicative cohérente
Tous ceux qui sont attachés à l'université française, aux valeurs qu'elle défend, à commencer par l'esprit critique; tous ceux qui savent que le développement de l'enseignement supérieur et de la recherche est la condition de l'essor économique du pays, de la création d'emplois et de la défense du niveau de vie; tous ceux, enfin, qui pensent que le syndicalisme a besoin de la démocratie pour vivre, tous ceux-là sont consternés par la tournure que prend aujourd'hui le mouvement de contestation étudiante. Et cela qu'ils soient de droite ou, surtout, de gauche. J'ai critiqué assez tôt les orientations économiques et sociales du gouvernement Sarkozy pour avoir le droit de dire, sans encourir le soupçon de complaisance, que la loi sur l'autonomie de l'université est une loi nécessaire.
C'est d'abord un mouvement très minoritaire. Non seulement parce qu'il ne touche pas les secteurs soumis à sélection (grandes écoles et prépas, IUT, BTS), mais aussi parce qu'à l'intérieur des universités proprement dites il ne s'est guère développé que dans le secteur des lettres et sciences sociales. De ce fait, il est condamné à la violence. Le blocage est un aveu de faiblesse et une violence faite au droit des étudiants de se prononcer librement. Le reste est du même acabit : manipulation des assemblées générales et des votes, atmosphère d'intimidation, rumeurs mensongères, insultes, brutalités. L'Unef, qui joue dans cette affaire le rôle responsable qui a été celui de la CGT chez les cheminots, s'en est plainte elle-même. Quand F extrême-droite utilise ponctuellement de telles méthodes, comme à Assas, on s'en scandalise et l'on crie au fascisme. Faut-il les tolérer ici de la part de SUD, de la CNT, des autonomes ?
Il y a plus grave encore : le mouvement actuel a quelque chose d'immobiliste qui s'oppose à toute espèce de réforme. En l'absence de révolution, les révolutionnaires sont en vérité les meilleurs auxiliaires des conservateurs. C'est dire qu'en dépit de son discours populiste, le mouvement s'accommode d'un taux d'échec insupportable dans les premiers cycles, d'inégalités sociales énormes et du déclin de l'institution elle-même. Un tel mouvement, malgré ses dehors juvéniles, a quelque chose de mortifère. Il est l'équivalent chez les étudiants de ce que furent Pierre Poujade et Gérard Nicoud chez les artisans et commerçants : activisme désordonné, vision crépusculaire, absence de perspectives.
Pourquoi, dès lors, rencontre-t-il un écho dans la masse étudiante, lors même qu'elle en condamne les méthodes ? D'abord à cause d'une véritable paupérisation de la condition étudiante, visible notamment dans le logement. La difficulté de se loger et le prix des locations, le délabrement des cités universitaires, tout cela pèse aujourd'hui très lourd. Ensuite, à cause de la morne désespérance de la plupart des étudiants quant à leur avenir. C'est la crainte du chômage possible, plus que le chômage effectif lui-même, qui ronge le for intérieur de la nation. D'où le caractère contradictoire des doléances. Les étudiants déplorent que les universités soient devenues des usines à chômeurs, mais en même temps ils redoutent que les entreprises puissent mettre la main sur l'université. En vérité, derrière un discours anticapitaliste convenu se cache un déni de l'économique, l'aspiration à un monde immobile, un rêve de lévitation sociale permanente, sous la protection de l'Etat.
Certes, il ne s'agit pas de confondre un mouvement minoritaire avec une masse étudiante beaucoup plus consciente des réalités. Mais il faut, à la fin, savoir ce que l'on veut, sinon on ne l'aura sûrement pas. C'est ainsi - autre contradiction - que le mouvement étudiant est hostile à la sélection à l'entrée des universités et il a raison : nous n'avons pas trop d'étudiants, au contraire. Mais en même temps il dit non à toute orientation, à toute diversification des filières, à toute spécialisation des universités : les mêmes diplômes pour tous et pour toujours ! On ne peut tout de même pas, sous prétexte d'égalité, promettre le Collège de France ou l'Académie des Sciences à toute une classe d'âge. Victime de la rotation rapide de ses cadres et d'une véritable anomie du milieu, le monde étudiant peine à définir une identité. Il a besoin de se réunifier autour d'une ligne revendicative cohérente, pour cesser d'être la proie de ses politiciens et de ses convulsionnaires.
Jacques Julliard
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