mardi 13 décembre 2011

Le Plan Campus avance très lentement

AFP, décembre 2012

Le Plan Campus de rénovation immobilière des universités "avance" mais "beaucoup plus lentement" que prévu, en raison de partenariats et de montages très longs à mettre en place, a expliqué Anne Fraïsse, vice-présidente de la Conférence des présidents d'université (CPU)

Interrogé par l'AFP sur un rapport parlementaire révélant que seuls 56,9 millions d'euros du Plan Campus ont été versés sur les 5 milliards de son montant total, Anne Fraïsse a dit que ce chiffrage était exact mais que pour autant les plans de rénovation n'étaient "pas bloqués".

"Ils avancent, mais beaucoup plus lentement que ce qu'on prévoyait", notamment en raison des partenariats public-privé (PPP) dont "les coûts sont très chers" et qui "contrairement à ce qu'on nous avait dit, ne sont pas plus rapides, mais plus longs".

Du coup, "certains ont pris la forme de PPP publics, des formes nouvelles qui ont aussi été retardées du fait de problèmes juridiques", si bien qu'aucun PPP lié au Plan Campus n'a encore été signé à ce jour et que l'Etat n'a pas encore versé les capitaux promis qui y sont liés, selon Anne Fraïsse.

A ce stade, seul l'argent des intérêts intermédiaires, qui ont permis de lancer de "petits chantiers", et des études préalables a donc été versé, a-t-elle résumé pour expliquer le montant de 56,9 millions.

Des universités en difficultés financières

Par ailleurs, concernant les budgets, "il y en a déjà une bonne trentaine d'universités qui sont en difficultés financières" et "on sera de plus en plus nombreux à l'être", a estimé Anne Fraïsse, qui est également la présidente de l'université Montpellier 3.

"Cela ne veut pas dire qu'elles seront toutes en déficit, mais elles vont devoir réduire postes et investissements" si elles veulent éviter le déficit, a-t-elle ajouté, jugeant que les moyens du passage à l'autonomie avaient été "calculés trop justes".

"Le ministère a délégué beaucoup de dépenses et pas les moyens qui allaient avec", si bien que "les marges de manoeuvre" que l'autonomie devait procurer, "les universités, dans la quasi-totalité des cas, ne les ont pas".

Anne Fraïsse a enfin réclamé "que la politique de projets ne prenne pas totalement la place du financement récurrent des universités pour la pédagogie et la recherche".

Les projets du Grand emprunt de type "Idex ou Labex" apportent en effet "de l'argent, mais pas des postes de titulaires".

"S'il n'y a pas les personnels pour les mettre en place, cela ne sert à rien de lancer des projets nouveaux, ça ne marchera pas", a-t-elle conclu.

lundi 28 novembre 2011

L'autonomie révèle la misère des universités

Le Point, 29 novembre 2011

Depuis une dizaine de jours, un désordre sans nom règne sur l'université. À l'heure où les conseils d'administration doivent voter leur budget 2012, certaines facs peinent en effet à présenter des bilans à l'équilibre.

Nantes parle d'un déficit de 4 millions, Limoges 3 millions, Pau 2 millions, Bretagne-Sud 1,2 million d'euros... Les chiffres sont alarmants.

Tout commence le 17 novembre 2011 avec un communiqué du ministère de l'Enseignement supérieur. Le message de Laurent Wauquiez se veut rassurant : l'université va bien, merci, "la grande majorité des établissements est en bonne santé financière". Petit bémol toutefois, on apprend dans le même communiqué que huit établissements ont des problèmes, et qu'en déficit pour la seconde année consécutive, ce sont les recteurs qui arrêteront désormais leurs budgets. Un "comité des pairs" formé par deux anciens présidents d'université les aidera à remonter la pente. Depuis, c'est la pagaille. N'est-ce pas justement le nerf de l'autonomie - ô combien défendue par le gouvernement - que de pouvoir gérer son budget ?

Huit universités sortent du chapeau

Quels sont les établissements concernés ? On a bien quelques idées, mais, dans un premier temps, la liste reste un mystère. Le ministère refuse de communiquer, les établissements tremblent. Puis, le 23, un second communiqué vient mettre un terme à une semaine de cafouillage.

Huit noms sortent du chapeau :
- l'UMPC (Université Pierre et Marie Curie),
- Paris XIII-Villetaneuse,
- Limoges,
- l'université de Savoie,
- Nice-Sofia-Antipolis,
- Bordeaux III,
- l'Insa de Rouen
- l'ENS Cachan.

Si certains présidents, comme Jacques Fontanille à Limoges ou Patrice Brun à Bordeaux, reconnaissent de graves problèmes budgétaires, les autres tombent des nues. Et ne tardent pas à contester la liste. Sophia-Nice-Antipolis en effet assure être en excellente santé financière. Quelques heures plus tard, le ministère revient sur ses pas et retire l'université de Méditerranée de la liste. Erreur, "après réexamen des comptes, l'université n'est pas en déficit en 2010"...

En cause, les nouvelles règles comptables instaurées par la loi sur l'autonomie des universités, qui ne tiennent pas compte dans la dotation de l'État pour rémunérer les fonctionnaires des évolutions de carrière, et donc des augmentations de salaire liées à l'ancienneté ou à la promotion.

Résultat : la masse salariale augmente, mais... pas les budgets alloués à l'Enseignement supérieur ! Mi-novembre, Laurent Wauquiez évoquait une rallonge de 14,5 millions d'euros d'ici fin 2011. Mais selon la Conférence des présidents d'université (CPU), il manquerait "entre 15 et 20 millions pour compenser l'augmentation des salaires due à la pyramide des âges".

À quoi joue le ministère ?

À quoi joue donc le ministère ? C'est la question que se posent plusieurs établissements, pris de cours par la décision de mise sous tutelle.

L'UPMC, première université française dans le classement de Shanghaï jusqu'en 2010, confie à l'AFP qu'à aucun moment le fonctionnement normal de l'université n'a été mis en danger.

"La situation financière, déjà régulée en 2011, sera maîtrisée en 2012 par une diminution des investissements conduisant à l'équilibre budgétaire", indique la présidence.

Même combat pour l'université de Savoie. Cette fois-ci, ce sont les deux années de déficit consécutives qui sont contestées : "Si les comptes de l'exercice 2009 font apparaître un déficit de 1 771 599 euros, en revanche, ceux de l'exercice 2010 dégagent un excédent de 1 415 341 euros. Il n'y a donc pas deux exercices successifs négatifs", s'indigne le président Gilbert Angéneux.

Jean-Yves Mérindol, le directeur de l'ENS Cachan, dénonce, quant à lui, le "manque de responsabilité" du ministère. "À ce jour, personne ne nous a tenus informés de cette décision. Nous l'avons apprise par communiqué et par les médias." À Cachan, les difficultés financières ne datent pas d'hier. Depuis 2004, l'école tire la sonnette d'alarme. En 2010, une inspection confirme les dégâts et un dialogue se met en place pour tenter de redresser la situation. Mais l'école rame pour obtenir des moyens de la part du ministère.

Aujourd'hui, Jean-Yves Mérindol invalide la décision de mise sous tutelle. Pour une raison simple : son établissement, dépendant du rectorat et non du ministère, n'est pas concerné par la mise en place du comité des pairs. Une question se pose toutefois.

Le passage au RCE (responsabilités et compétences élargies) est-il la cause des difficultés de certains établissements ? Pour le président de Cachan, il est encore trop tôt pour se prononcer. Mais une chose est sûre, les problèmes de déficit et les dysfonctionnements se révèlent à l'occasion de ce passage.

Un exemple ? "L'université délivre doctorats et diplômes, mais doit demander une autorisation pour attribuer la licence. Cela n'a aucun sens !" s'insurge-t-il.
"L'État n'a pas assumé ses compétences" (Cour des comptes)

Pas plus de sens d'ailleurs que la gestion des travaux de désamiantage qui attise la polémique à l'UPMC et son campus de Jussieu. La Cour des comptes dénonce en effet, dans un rapport daté du 17 novembre, "un dérapage financier" qui sera porté devant la Cour de discipline budgétaire.

Le vaste chantier de réhabilitation du campus universitaire devait durer trois ans et coûter 183 millions d'euros. Aujourd'hui, quinze ans plus tard, les échafaudages sont toujours là et l'enveloppe budgétaire a été multipliée par dix ! À qui la faute ? Peut-être à l'absence de coordinateur. C'est en tout cas ce que suggère le rapport. La Cour met en cause l'État, coupable d'avoir pris ses décisions au coup par coup. "Il n'a pas assumé ses compétences, il s'est même déjugé", a affirmé le président Didier Migault.

Manque de chance, c'est justement ce moment qu'a choisi l'Association européenne des universités pour publier son classement sur les niveaux d'autonomie. Et la France ne brille pas par ses performances, loin de là...

En bas du tableau, elle arrive à la 16e place sur 28 en ce qui concerne l'autonomie administrative, à la 22e en matière d'autonomie financière, et sombre littéralement en 27e et dernière position pour la gestion des ressources humaines et l'autonomie académique.

Le ministère a réagi à ce piètre classement, défendant un "modèle français d'autonomie". En clair une autonomie où les présidents d'université n'ont pas la main sur le nombre d'étudiants, la masse salariale, ou l'entretien de leur bâtiments... Wauquiez assume.

jeudi 17 novembre 2011

Ce que coûte la France aux étudiants étrangers

Le Monde, 17 novembre 2011

Les étudiants étrangers sont les bienvenus dans les grandes écoles françaises, mais ils sont priés de passer à la caisse d'abord. Rares sont en effet les établissements dont les frais d'inscription ne sont pas majorés pour les candidats hors Union européenne.

A HEC, le coût par an pour les étrangers est fixé à 17 500 euros, contre 11 900 euros pour les Français et 13 200 euros pour les Européens. L'ESCP (école de commerce à Paris) propose un cursus à 15 500 euros par an (11 500 euros pour les ressortissants de l'UE). A Sciences Po Paris, les droits sont de 13 000 euros en master. "Même les écoles publiques d'ingénieurs se débrouillent pour faire payer plus cher", commente Pascal Codron, directeur de l'Institut supérieur d'agriculture de Lille et responsable de la commission des relations internationales de la Conférence des grandes écoles (CGE).

L'astuce consiste généralement à créer des filières spécifiques permettant la mise en place de droits plus élevés que dans les parcours classiques. Certes, au regard des prix pratiqués par les établissements anglo-saxons, la France reste compétitive. Mais, pour de jeunes Chinois, Indiens ou Brésiliens, le coût peut être prohibitif.

Afin de pallier cet éventuel frein financier, des dispositifs d'aide sont proposés par le gouvernement français. La bourse Eiffel est le plus intéressant. Véritable Graal des étudiants étrangers d'excellence, elle concerne chaque année environ 400 étudiants en master et en doctorat, dont une majorité en grande école, indique Bertrand Sulpice, directeur adjoint d'Egide, l'organisme chargé de la gestion des aides du ministère des affaires étrangères. Pour pouvoir obtenir cette bourse de 1 100 euros par mois, l'étudiant doit être sélectionné par son établissement d'accueil, qui lui seul est habilité à présenter les dossiers de candidature.

Les jeunes Asiatiques partent avec un avantage. Le programme cible en effet les pays émergents ou à fort potentiel scientifique universitaire, dont font partie ceux d'Asie, souligne Bertrand Sulpice. En 2011, on comptait ainsi 93 étudiants chinois parmi les 400 boursiers du niveau master, et 48 % d'Asiatiques boursiers.

Autre outil d'attractivité, les bourses Quai d'Orsay-Entreprises. Les étudiants, sélectionnés par les entreprises conventionnées (qui sont 62 à ce jour, implantées dans 38 pays, dont notamment Thales, Orange, DCNS, Alten, Crédit agricole, Air liquide), se voient attribuer une bourse de plus de 1 000 euros par mois pour venir étudier dans un établissement français. A la clé également pour les élus, un stage dans l'entreprise qui les parraine.

Ces parcours d'études cofinancés concernent surtout les sciences de l'ingénieur, mais aussi les écoles de commerce et les sciences fondamentales. Depuis 2006, date de sa création, 131 étudiants ont bénéficié de ce programme sur mesure.

Egalement accordées par le gouvernement français, les bourses réservées aux étudiants étrangers. Plus importantes que celles du Crous pour les Français, elles visent, explique Bertrand Sulpice, "à couvrir toutes les dépenses d'un séjour d'études". Attribuées en fonction de projets précis qui s'intègrent dans des programmes de coopération établis selon des priorités gouvernementales, elles doivent être demandées par les étudiants en amont de leur départ auprès de l'ambassade de France dans leur pays d'origine.

A noter, par ailleurs, l'existence d'aides à la mobilité octroyées par certains pays à leurs meilleurs élèves ou par des organisations comme le Rotary club, la Commission franco-américaine (cette dernière délivrant les célèbres bourses Fullbright) ou encore par la Commission européenne à travers le programme Erasmus Mundus. Des collectivités, comme la Ville de Paris notamment, disposent elles aussi de budgets ad hoc. A noter, le site Internet de CampusFrance (Campusfrance.org) recense l'ensemble de toutes les bourses.

Hormis ces dispositifs, qui ne concernent finalement qu'une minorité des quelque 30 000 étudiants étrangers inscrits dans les grandes écoles françaises (chiffres 2009 de la CGE), il existe toute une gamme d'aides extrêmement variables d'un établissement d'accueil à l'autre. Sciences Po Paris, avec ses bourses d'excellence Emile-Boutmy de plus de 7 000 euros par an, est à ce titre l'un des plus généreux, mais nombreuses sont les écoles qui prévoient d'accorder des coups de pouce à quelques élèves triés sur le volet.

Difficile en effet aujourd'hui de ne rien proposer aux meilleurs éléments, tant le marché est devenu compétitif sur un plan international. L'ENSCBP (Ecole nationale supérieure de chimie, biologie et physique de Bordeaux), qui peinait à attirer des étudiants étrangers, l'a bien compris. Ainsi, elle a créé en 2010 un prix d'excellence international de 5 000 euros qui récompense chaque année un lauréat choisi parmi les candidats désireux de suivre sa formation dans ses murs.

Les établissements tentent enfin de mettre l'accent sur l'accueil de ces recrues si précieuses. Egide, dont le rôle ne s'arrête pas à la gestion des bourses, peut à ce titre être sollicité. L'initiative est née d'un besoin exprimé par l'Ecole polytechnique, explique Bertrand Sulpice. Afin de pouvoir apporter une réponse adaptée à l'établissement, l'opérateur a conçu une prestation inédite. Le principe : aller à la rencontre des étudiants et les éclairer sur des sujets tels que le système de sécurité sociale étudiante, les mutuelles complémentaires ou encore les titres de séjour. Depuis, d'autres établissements font appel à Egide, qui peut également aider à la recherche d'un logement ou bien accueillir les étudiants à l'aéroport. Des services payants, facturés aux écoles ou aux étudiants.

Toutes ces incitations, qu'elles viennent du gouvernement français ou des établissements eux-mêmes, sont de nature à renforcer l'attractivité des écoles françaises. Toutefois, préviennent Pascal Codron et Bernard Ramanantsoa (directeur général du groupe HEC), la menace qui pèse sur la venue des meilleurs dans l'Hexagone n'est pas le coût des études, mais la circulaire Guéant qui, depuis le printemps 2011, prévoit de réduire le nombre de visas de travail accordés à ces étudiants. "L'inquiétude est immense, et le risque de voir nos efforts anéantis réel", s'alarme le directeur de HEC.

jeudi 7 juillet 2011

Nos universités de territoire ont des atouts à défendre

Le Monde, 5 juillet 2011

La loi de programmation sur la recherche, en 2006, la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), en 2007, et le passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE), à partir de 2009, ont bouleversé le paradigme universitaire, bien au-delà de ce qu'on pouvait imaginer.

Parmi les universités françaises, on peut distinguer celles que nous nommerons "universités de territoire". Souvent de créations récentes et pluridisciplinaires, ces universités sont présentes dans des villes de taille moyenne. Au niveau licence, elles offrent un service public de proximité et contribuent, de manière capitale, à la réalisation de l'objectif "50 % d'une classe d'âge titulaire d'un diplôme d'enseignement supérieur". Aux niveaux master et doctorat et par la recherche, elles contribuent à la vitalité des écosystèmes locaux de l'innovation et jouent un rôle clé dans la construction de la société de la connaissance, au sein de leur territoire. Leurs équipes de recherche ont des compétences spécifiques et reconnues. Tout en partageant des valeurs académiques exigeantes, elles contribuent au développement grâce à de très fortes proximités avec les acteurs socioéconomiques. Ces universités sont souvent pionnières dans différents processus : formations professionnalisantes adaptées aux évolutions des métiers, innovations pédagogiques, recherches partenariales…

De fait, nous mettons en œuvre un nouveau modèle d'université, ouverte sur le monde mais fortement ancrée dans le territoire et en phase avec les attentes très concrètes de tous ceux qui entreprennent. Par les valeurs qui les caractérisent, nos universités sont au cœur des enjeux sociaux, culturels et économiques. D'ailleurs, les collectivités territoriales se placent envers nos universités dans une logique d'investissement – et non plus de subventions –, preuve qu'elles les perçoivent comme de véritables acteurs du développement.

Cependant, la réussite de ces universités dépend étroitement du respect des engagements pris en marge de la LRU, notamment dans le domaine financier. Historiquement moins bien dotées que les "grandes" universités, les universités de territoire font pourtant preuve d'une remarquable efficience, très partiellement prise en compte dans la répartition par l'Etat des moyens nécessaires. Le lissage des dotations calculées par le modèle de répartition des moyens Sympa (système de répartition des moyens à la performance et à l'activité) les met parfois dans des situations les contraignant paradoxalement à la décroissance, alors même que les différents indicateurs de leur performance, notamment de recherche, sont à la hausse. Pour plusieurs de ces universités, les augmentations mécaniques de la masse salariale obèrent leurs potentiels de développement, générant un sentiment de frustration qui obscurcit l'horizon. Ces effets, constatés en 2011, ont d'ailleurs été dénoncés, dès 2010, par le comité de suivi de la loi LRU.

En outre, en visant à accroître la visibilité internationale de quelques grands centres métropolitains, le programme "investissement d'avenir" pose la question de la place et du devenir des universités de territoire en ce qui concerne leur rôle légitime dans l'effort de recherche national. Nos équipes de recherche, fussent-elles de taille modeste, participent pourtant activement aux appels à projets en s'insérant dans de plus grands réseaux. Il est donc primordial d'écarter le spectre de leur "paupérisation" pour leur permettre de continuer à jouer pleinement leur triple rôle dans la réflexion sur la construction de la société de la connaissance, dans la réussite des parcours de nos étudiants et dans le développement et la compétitivité des entreprises.

Cette lettre appelle à faire reconnaître les modèles différenciants que nos universités de territoire mettent en œuvre. Nous en appelons à nos élus pour qu'ils les soutiennent, en faisant reconnaître leurs spécificités et leurs atouts dans le paysage universitaire français de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Olivier Sire, président de l'université de Bretagne-Sud ;

Gérard Blanchard, président de l'université de La Rochelle ;

Alain Brillard, président de l'université de Mulhouse ;

Jacques Marignan, président de l'université de Nîmes ;

Jean-Louis Gout, président de l'université de Pau Pays de l'Adour ;

Jean Benkhelil, président de l'université de Perpignan Via Domitia ;

Marc Saillard, président de l'université du Sud Toulon-Var ;

Mohamed Ourak, président de l'université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis ;

Richard Messina, président de l'université d'Evry ;

Emmanuel Ethis, président de l'université d'Avignon et des Pays de Vaucluse ;

Gilbert Angenieux, président de l'université de Savoie ;

Roger Durand, président de l'université du Littoral Côte d'Opale ;

Camille Galap, président de l'université du Havre ;

Christian Morzewski, président de l'université d'Artois.
quatorze présidents d'université

jeudi 30 juin 2011

Le doctorat nouveau est arrivé

Le Monde, 29 juin 2011

"Un modèle où le doctorat sera le diplôme phare et la recherche un moteur", c'est ainsi que Valérie Pécresse, alors ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, prônait le développement du doctorat en France dans un entretien paru en janvier dans notre hors-série "Le Guide des masters et MBA".

A cet effet, et sous l'impulsion de la Confédération des jeunes chercheurs, le ministère a créé des contrats doctoraux qui ouvrent différents droits dont ceux à la retraite et attestent d'au moins trois ans d'expérience professionnelle dans le public ou le privé. "Reste à ce que cette formation par la recherche soit reconnue dans les conventions collectives. Les entreprises doivent mieux reconnaitre les connaissances et les compétences qu'il y a derrière le doctorat", insistait encore la ministre.

* DES COMPÉTENCES À VALORISER

Et pour que les docteurs soient encore plus pros, les universités leur demandent aujourd'hui de suivre des cours pour compléter leurs compétences disciplinaires. "Depuis l'année dernière, nous avons rendu obligatoires des cours d'anglais pour nos 390 doctorants, explique ainsi Pauline Dreux-Palassy, qui dirige le département de la recherche et de la valorisation de l'université de Cergy-Pontoise. Certains, notamment dans les sciences expérimentales ont un excellent niveau mais d'autres, notamment en droit, ont moins l'occasion de pratiquer l'anglais. Il nous fallait imposer à tous d'acquérir un niveau suffisant pour s'intégrer ensuite sur le marché du travail."

Même volonté à l'université de Nantes (1 400 doctorants), où chaque doctorant suit 100 heures de cours dont la moitié est disciplinaire et l'autre consacrée à la rédaction d'un CV ou au montage d'un projet financier. "Avec le soutien de l'Intelli'agence (ex-association Bernard Grégory), nous organisons aussi des 'Doctoriales' dans le cadre desquelles nos doctorants de toutes disciplines travaillent ensemble sur des projets innovants susceptibles d'intéresser des entreprises", explique Agnès Florin, responsable du collège doctoral Nantes-Atlantique.

Les doctorants peuvent également réaliser une mission complémentaire, dite "doctorants expert", pour laquelle ils consacrent 32 jours de travail à une entreprise de la région. "C'est un dispositif peu coûteux et très efficace pour qu'une entreprise et un doctorant apprennent à se connaître", insiste Agnès Florin.

* COMMENT AMENER LES INGÉNIEURS VERS LE DOCTORAT ?

Si les ingénieurs bénéficient en France d'une grande aura, un petit séjour en Allemagne les déçoit vite quand ils se rendent compte qu'ils passent derrière les ingénieurs-docteurs. Et c'est le cas dans beaucoup d'autres pays. Les grandes écoles d'ingénieurs mettent donc aujourd'hui tout en œuvre pour pousser leurs élèves à poursuivre leur cursus trois ans de plus. "A l'ESTP, nous avons aujourd'hui 15 thésards en contrat Cifre dans le cadre de notre Institut de la constructabilité mais aucun n'est encore ingénieur de l'ESTP, explique Florence Darmon, la directrice de l'école parisienne spécialisés dans le bâtiment et les travaux publics. Pour les motiver à poursuivre leur cursus, nous devons obtenir des entreprises qu'elles les rémunèrent au même niveau que des salariés."

Et elles devraient y trouver leur compte selon elle : "Avoir des ingénieurs chercheurs permettra aux entreprises de mieux faire communiquer ces deux mondes."

Une approche que reprend Olivier Fourure, directeur de la grande école d'ingénieurs aéronautique qu'est l'Isae de Toulouse (issue du rapprochement de l'Ensica et de Sup Aéro) : "Nous avons plus de 200 thésards dont 15 % issus des rangs de l'école. Mais ce chiffre monte depuis que nous initions, dès leur première année, nos élèves à la recherche en les amenant à aller dans nos laboratoires."

Et d'insister : "Nous sommes un secteur qui a particulièrement besoin d'innovation et nos ingénieurs trouvent en thèse les méthodes qui permettront à notre industrie aéronautique de rester un leader mondial."

* UN VÉRITABLE 3E CYCLE DE FORMATION À LA RECHERCHE

"Un docteur c'est quelqu'un de créatif, qui sait sortir du moule, qui arrive à se moduler en fonction des besoins de l'entreprise grâce à sa formation universitaire, confirme Pauline Dreux-Palassy. A nous de leur donner les armes pour faire valoir leurs qualités face aux ingénieurs. A les aider à passer d'un projet passionnel, leur thèse, à un projet professionnel." Et les thésards ont des compétences à faire valoir dont ils n'ont eux-mêmes peu conscience. "Dans le cas d'un scientifique, il aura par exemple appris à négocier avec des fournisseurs ou à faire du management ", reprend Pauline Dreux-Palassy.

La réputation des thésards de ne jamais finir leur thèse est aussi en passe d'être totalement dépassée. "Aujourd'hui en moyenne les thèses dans notre université durent un peu plus de quatre ans et nous travaillons pour arriver progressivement aux trois ans pour tous, ce qui n'est pas loin d'être le cas dans les disciplines scientifiques alors qu'on se rapproche plutôt des cinq ans en sciences humaines et sociales", commente Agnès Florin. Mais il faut aussi compter avec des personnes en activité auxquelles on donne plus de temps.

"Avec sa réduction à trois ans et l'obligation de suivre certains cours la thèse a changé de statut pour devenir un véritable troisième cycle de formation à la recherche, conclut Laurent Batsch, président de l'université Paris-Dauphine. Ce n'est plus l'œuvre d'une vie mais un apprentissage qui sera utile au doctorant, qu'il devienne lui-même enseignant-chercheur ou qu'il se destine à des services d'études en entreprise. L'image du 'doux rêveur' qui collait au thésard est totalement dépassée et on comprend bien maintenant que la thèse est une formation de l'esprit professionnalisante."

Olivier Rollot

"Trois années de grande satisfaction intellectuelle"

"Pour moi la poursuite en doctorat n'avait rien d'évidente. Il a fallu que la start up dans laquelle j'étais en stage me convainque de poursuivre mon cursus avec elle." Marie-Cécile Klak, 26 ans, gardera finalement un très bon souvenir de son doctorat : "Ce furent trois années de grande satisfaction intellectuelle même si au début cela fait un peu peur de se lancer."

Effectué dans le cadre d'un contrat Cifre(*), le doctorat en biochimie de Marie-Cécile Klak portait sur la recherche de pansements pour accélérer la cicatrisation des grands brûlés. "Un sujet particulièrement passionnant pour moi qui avait envie de travailler dans un laboratoire."

Marie-Cécile Klak a aussi beaucoup apprécié d'être soutenue dans son projet professionnel par le Nouveau chapitre de la thèse, une autre initiative de l'Intelli'agence qui met en contact doctorants et entreprises. "Nous travaillons pendant une semaine en groupes de doctorants de toutes disciplines, juristes comme scientifiques ou gestionnaires, pour présenter un projet aux entreprises présentes. Cela nous permet de mieux mesurer toutes les compétences que nous avons acquises."

Alors qu'elle vient de rejoindre la prestigieuse université américaine de Yale pour un contrat de post doctorante, elle se félicite décidément d'avoir choisi la voie universitaire : "Cela correspondait mieux à mon tempérament. Je ne voulais pas être encadrée dans une prépa avec quelqu'un qui me dise ce qu'il me fallait faire. Je voulais être autonome et créative." Le portrait même d'une thésarde…

(*) Les conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre) permettent de subventionner les entreprises qui embauchent un doctorant dans le cadre d'une collaboration de recherche avec un laboratoire public.

mardi 28 juin 2011

Ne tirez pas sur les grandes écoles

Le Monde, 28 juin 2011

Le succès des grandes écoles ne se dément pas alors que dans la période de campagne électorale qui se prépare, les premières frappes s'abattent sur elles. En ce début de mois de juin, c'est plus de 20 000 candidats qui ont décidé de s'élancer sur le tour de France des oraux des grandes écoles de management.

A l'heure du "printemps arabe" et de la gronde des jeunes "indignés" espagnols, qui traduisent le désarroi d'une jeunesse désenchantée par des longues études sans emplois qualifiés à la clé, nos écoles ne proposent certes pas la garantie d'un emploi à vie contre un diplôme. Ce qu'elles offrent à chaque étudiant, c'est l'opportunité de construire un projet professionnel personnel qui débouche sur une employabilité proche de 100 % en fin du parcours. La recette diffère selon l'école, mais elle est partout fondée sur l'alternance entre théorie et pratique, recherche et action. Et forte de sa dimension internationale, elle prépare ses étudiants à évoluer dans une économie globalisée.

Le modèle de la grande école attire les critiques pour sa reproduction sociale. Jugement fondé mais qui tend de plus en plus à se corriger. Les partenariats avec des lycées accueillant des élèves excellents mais n'ayant pas le capital culturel et les réseaux familiaux pour se projeter dans des études longues se multiplient, tout comme les bourses, les prêts sans caution à taux très faible ainsi que les jobs étudiants. Pour nos écoles, il est primordial de renouveler les élites et répondre ainsi aux besoins des entreprises qui viennent sur nos campus à la recherche de la diversité culturelle et sociale de cadres non formatés apportant des idées neuves et ressemblant à leurs clients.

Il est aussi critiqué au motif qu'il serait davantage financé par la collectivité que par l'université, argument particulièrement mal fondé pour les grandes écoles de management, dont les fonds publics représentent aujourd‘hui moins de 10 % de leur budget. Ces mêmes écoles tirent l'essentiel de leurs ressources de droits de scolarité en moyenne inférieurs de 30 % à ce que les universités publiques anglaises vont réclamer à leurs étudiants Bachelor à partir de l'an prochain !

Nous nous réjouissons que l'université bénéficie aujourd'hui d'une injection massive de fonds publics qui lui permet de se moderniser, de s'autonomiser et de s'inscrire dans une démarche professionnalisante. Mais à l'ère de l'économie de la connaissance où la richesse des nations développées vient de leur matière grise, dépassons les oppositions stériles.

Ne tirons pas sur le pianiste et appuyons-nous sur l'originalité et la performance de notre système dual ! Au cours des dix dernières années, les écoles de management ont mué de manière spectaculaire. Elles sont nombreuses à être aujourd'hui accréditées par les organismes internationaux (Equis, AACSB, AMBA). Elles sont de mieux en mieux classées dans les rankings des journaux de référence (Financial Times).

Elles ont attiré dans leurs masters des proportions importantes d'étudiants internationaux qui font de leur salle de classe une assemblée multiculturelle et développé une faculté permanente d'enseignants-chercheurs dont les publications scientifiques internationales sont significativement plus nombreuses que celles de leurs collègues universitaires des mêmes disciplines.

Cette dynamique, favorisée par une gouvernance resserrée et résolument entrepreneuriale, bénéficie considérablement à l'économie nationale et régionale, contribuant à la culture de l'innovation, à l'animation des pôles de compétitivité comme à l'accompagnement des entreprises dans leur conquête des marchés mondiaux. Et les écoles sont prêtes à s'inscrire dans une logique de coopération territoriale avec tous les autres acteurs de l'enseignement supérieur et, au premier chef, l'université au sein des pôles de recherche et d'enseignement (PRES), pour autant que ceux-ci ne soient pas un corset bureaucratique mais un espace de partage et de mise en synergie d'expertises complémentaires.

Bienvenue sur nos campus à tous les candidats et merci à eux pour la confiance dont ils nous honorent. Cette confiance, notre principal rôle va être de la replacer en eux. Le monde professionnel dans lequel ils évolueront sera tout sauf un long fleuve tranquille… Complexe, imprévisible, dangereux parfois, il va requérir des caractères bien trempés et des esprits souples qui sauront saisir toutes les opportunités de développement.

C'est notre fierté de les préparer à assumer demain leurs responsabilités quel que soit le terrain qu'ils choisiront pour y investir leur énergie : grandes entreprises ou start-ups, ONG ou collectivités publiques. Le tour de France est parti pour les candidats. A leur tour maintenant de décider de leur avenir.
Arnaud Langlois-Meurinne, directeur général de Rouen Business School

jeudi 23 juin 2011

Pécresse réforme la licence en profondeur

Le Figaro, 22 juin 2011

Après avoir donné leur autonomie aux universités, Valérie Pécresse s'attaque à l'avenir du premier des diplômes universitaires : la licence. Après six mois de négociations avec les principaux acteurs du monde universitaire et de l'entreprise, la ministre de l'Enseignement supérieur et de le recherche vient carrément de finaliser un diplôme qu'elle veut «nouveau» : plus professionnel, plus tourné vers l'emploi, plus qualifiant et surtout revalorisé. Elle ne veut pas perdre du temps : la licence nouvelle version verra donc le jour à la rentrée 2012.

A la clé, trois objectifs : une exigence académique de haut niveau. La licence doit devenir selon la ministre «un diplôme de référence» et permettre une meilleure insertion professionnelle en favorisant les stages en entreprises.

Chaque étudiant devra se voir proposer un stage pour «doper» son cursus. Le but étant à la fois de permettre à ceux qui ne souhaitent pas poursuivre leurs études à l'issue du premier niveau de diplôme universitaire d'avoir accumulé un début d'expérience professionnelle et d'être aussi crédibles lors de leurs premiers pas sur le marché de l'emploi que leurs homologues issus d'écoles de commerce et d'ingénieurs.

«Nous voulons aussi personnaliser les parcours, permettre à ceux qui le souhaitent de changer de filières ou d'université en fonction de leurs compétences, de leurs projets et de leurs résultats», dit-on au cabinet de la ministre. Enfin, la ministre veut prévenir le décrochage universitaire, qui concerne encore 80 000 étudiants chaque année.

«Nous ne partons pas de rien, insiste-t-elle. La dynamique est engagée depuis trois ans, nous avons replacé la pédagogie au coeur des préoccupations de l'université. Notre ambition c'est désormais de généraliser les dispositifs les plus aboutis.» En 2011, quelque 211 millions d'euros ont effectivement été investis dans le plan réussir en licence.

Premier axe pour parvenir à ses fins : Valérie Pécresse va commencer par augmenter le nombre d'heure de cours. Elles seront désormais fixées à un minimum de 1500 heures, pour se rapprocher du modèle des classes préparatoires qui dispensent elles 900 heures par an, soit 1800 sur les deux ans de prépa à leurs étudiants.

S'il atteint déjà 1 745 heures sur les 6 semestres de la licence en «Sciences, technologie, santé» ou en «STAPS», le volume horaire pour une licence n'est que de 1 548 heures en «Droit, économie, gestion», 1432 heures en «Arts, lettres et langues» et «Sciences humaines et sociales» contre 1270 heures avant 2002. Dans certaines disciplines, en fonction des options choisies, le volume horaire minimum est de 1200 heures.

Fini donc en 2012 les emplois du temps parfois jugés bien légers par les parents, qualifiés de «gruyère» par les étudiants. Même s'ils laissent en contrepartie plus de place pour le travail personnel, les recherches documentaires, la lecture et… la douceur de vivre.

C'est bien contre cette image connotée de dilettantisme et perçue comme négative par les employeurs que la ministre engage son offensive. Pas de raison que seuls les diplômés de grandes écoles empruntent des voies royales.

Deuxième axe d'évolution, une généralisation des dispositifs mis en place dans certaines universités de personnalisation des parcours, avec du soutien, des possibilités de réorientation, des itinéraires pour changer de voie en cours d'année universitaire pour éviter de perdre trop de temps.

Mais il s'agit également de développer les dispositifs dits d'excellence (cycles préparatoires, doubles licences, parcours renforcés) qui doivent bénéficier, via l'établissement de passerelles, à l'ensemble des étudiants accueillis à l'université.

Enfin, cette nouvelle licence va comporter un important volet de meilleure préparation à la vie professionnelle avec des stages prévus tout au long des cursus. Une faiblesse du monde universitaire par rapport à celui des grandes écoles ou des IUT.

En effet, seuls 11 % des étudiants de licence font actuellement un stage, essentiellement en troisième année. Seuls 2 % des premières années ont eu une telle expérience, 9 % des deuxième année et 27 % des troisième année.

Une faiblesse aux yeux des chefs d'entreprises quand on sait que les élèves de grandes écoles qui ont jusqu'ici leur préférence effectuent eux des stages nombreux voire des années de césure pour doper leur CV avant de tenter de décrocher leur premier emploi.