samedi 25 mai 2013
A propos de la Khan Academy
References
- La Khan Academy : une éducation vraiment réinventée ? Mathieu Oui | Publié le 28.08.2013
mercredi 22 mai 2013
Les dix principales mesures de la Cour des comptes pour une meilleure gestion des enseignants
Le Monde.fr
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Dans son rapport Gérer les enseignants autrement, rendu public mercredi 22 mai, la Cour des comptes propose 19 mesures. Mise en perspective des dix principales.
- Redéfinir les missions des enseignants
- Annualiser les heures de travail
- Une gestion locale
- Bivalence ou polyvalence
- Echanges entre enseignants
- Attirer en zone difficile
- Concours académiques à bases d'épreuves nationales pour les concours à gros effectifs
- Profilage des postes
- Connaître les besoins des élèves
- Un salaire mieux différencié
Maryline Baumard
La Cour des comptes veut refonder la gestion des profs
Le Monde, 22 mai 2013
La Cour des comptes propose sa refondation de l'école. Soucieux d'optimiser les 17 % du budget de l'Etat qui servent à la rémunérer les enseignants, les magistrats de la rue Cambon publient une proposition de réforme en 146 pages et 19 propositions.
Ce rapport thématique, intitulé Gérer autrement les enseignants, rendu public mercredi 22 mai, préconise d'en finir avec la gestion nationale des 837 000 "profs", une gestion effectuée comme s'ils avaient tous les mêmes compétences et les mêmes envies et comme si les élèves se ressemblaient dans tous les établissements. Le rapport vise une meilleure adaptation aux besoins réels des élèves et une véritable gestion des carrières.
La Cour propose que le métier, défini aujourd'hui par un nombre d'heures de cours à assurer chaque semaine, soit désormais pensé comme un nombre d'heures et des missions à effectuer sur l'année, et que la répartition de ces heures entre les cours et la réponse aux autres besoins du terrain soit décidée au sein des établissements.
La coordination d'une discipline ou d'un niveau d'enseignement, l'aide aux élèves seraient pris en compte dans des services enseignants. Plus une école, un collège ou un lycée accueilleraient d'élèves en difficulté, plus ils bénéficieraient d'un nombre élevé d'enseignants. La province de l'Ontario, le land de Berlin ou les Pays-Bas qui ont servi de modèle à la Cour osent dépenser deux fois plus pour leurs élèves en difficulté. Aujourd'hui, les collèges les plus durs n'attirent pas les enseignants puisqu'on y enseigne autant qu'ailleurs et qu'il faut en plus y gérer les problèmes sociaux. Pour rendre ces zones attractives, la Cour parie sur un vrai allégement du nombre de cours qu'un professeur devrait y assurer par rapport à un établissement du centre-ville.
Dans ce schéma, les enseignants de collège pourraient délivrer plusieurs disciplines et faire des échanges de services avec les maîtres de l'école d'à côté en cas de besoins des élèves. Un point que le ministre Vincent Peillon avait inscrit dans sa loi d'orientation, mais sur lequel il a reculé en novembre, face à l'opposition du principal syndicat du secondaire, le SNES-FSU.
Et plutôt que passer un concours national, et se voir affecté à l'autre bout du pays dans les établissements boudés par les professionnels chevronnés, comme c'est le cas pour plus de six nouveaux profs sur dix, l'enseignant du secondaire choisirait une académie et y passerait les épreuves nationales du concours, comme c'est la règle pour le primaire.
La Cour aborde aussi le problème de la rémunération et postule qu'on peut mieux payer les professeurs en répartissant différemment les 49,9 milliards d'euros de leur masse salariale. Elle s'insurge que des agrégés continuent à être nommés en collège, où ils sont payés 30 % de plus qu'un certifié (titulaires du capes) pour travailler 15 % de moins.
Plus globalement, elle estime que l'argent devrait aller vers ceux qui choisissent la difficulté. Sans parler de salaire au mérite, la Cour des comptes préconise que l'"engagement" soit mieux reconnu, que les équipes pédagogiques disposent d'une manne pour l'établissement et s'autoévaluent. Ce système, inspiré du modèle finlandais, permettrait des économies et éviterait d'attendre un inspecteur qui ne passe qu'une fois tous les quinze ans pour qui enseigne le sport à Versailles, une fois tous les dix ans lorsqu'on est en sciences économiques à Limoges...
Pour construire ce schéma, la Cour des comptes est partie de plusieurs constats. D'abord l'inefficacité croissante de l'école française qui plonge dans les évaluations internationales des élèves depuis l'an 2000 et oublie sur le bord du chemin ses élèves les plus faibles. Ensuite, la crise du recrutement des enseignants, qui montre que quelque chose ne tourne pas rond quand le chômage sévit. Entre 2006 et 2012, on est tombé de 6 candidats pour un poste mis au concours à 2,7. Même si les créations de postes de la gauche ont conduit à une remontée des candidatures, la défiance reste de mise.
La balle est dans le camp du ministre, qui a désormais sur son bureau une proposition de refondation plus radicale que la sienne. Sa réponse, annexée au rapport, laisse peu d'espoir qu'il ouvre ce dossier propre à indisposer le syndicat majoritaire du second degré sur à peu près tous les points abordés.
Comme on le souligne dans l'entourage du ministre, "il manque à ce rapport un chapitre dans lequel la Cour des Comptes nous explique comment faire"... La rue Cambon, elle, continue au fil de ses rapports à dessiner une école qui offrirait ce qu'elle estime être un meilleur service à la nation pour 6,3 % du PIB. Et, surtout, une école plus égalitaire.
La Cour des comptes propose sa refondation de l'école. Soucieux d'optimiser les 17 % du budget de l'Etat qui servent à la rémunérer les enseignants, les magistrats de la rue Cambon publient une proposition de réforme en 146 pages et 19 propositions.
Ce rapport thématique, intitulé Gérer autrement les enseignants, rendu public mercredi 22 mai, préconise d'en finir avec la gestion nationale des 837 000 "profs", une gestion effectuée comme s'ils avaient tous les mêmes compétences et les mêmes envies et comme si les élèves se ressemblaient dans tous les établissements. Le rapport vise une meilleure adaptation aux besoins réels des élèves et une véritable gestion des carrières.
La Cour propose que le métier, défini aujourd'hui par un nombre d'heures de cours à assurer chaque semaine, soit désormais pensé comme un nombre d'heures et des missions à effectuer sur l'année, et que la répartition de ces heures entre les cours et la réponse aux autres besoins du terrain soit décidée au sein des établissements.
La coordination d'une discipline ou d'un niveau d'enseignement, l'aide aux élèves seraient pris en compte dans des services enseignants. Plus une école, un collège ou un lycée accueilleraient d'élèves en difficulté, plus ils bénéficieraient d'un nombre élevé d'enseignants. La province de l'Ontario, le land de Berlin ou les Pays-Bas qui ont servi de modèle à la Cour osent dépenser deux fois plus pour leurs élèves en difficulté. Aujourd'hui, les collèges les plus durs n'attirent pas les enseignants puisqu'on y enseigne autant qu'ailleurs et qu'il faut en plus y gérer les problèmes sociaux. Pour rendre ces zones attractives, la Cour parie sur un vrai allégement du nombre de cours qu'un professeur devrait y assurer par rapport à un établissement du centre-ville.
Dans ce schéma, les enseignants de collège pourraient délivrer plusieurs disciplines et faire des échanges de services avec les maîtres de l'école d'à côté en cas de besoins des élèves. Un point que le ministre Vincent Peillon avait inscrit dans sa loi d'orientation, mais sur lequel il a reculé en novembre, face à l'opposition du principal syndicat du secondaire, le SNES-FSU.
Et plutôt que passer un concours national, et se voir affecté à l'autre bout du pays dans les établissements boudés par les professionnels chevronnés, comme c'est le cas pour plus de six nouveaux profs sur dix, l'enseignant du secondaire choisirait une académie et y passerait les épreuves nationales du concours, comme c'est la règle pour le primaire.
La Cour aborde aussi le problème de la rémunération et postule qu'on peut mieux payer les professeurs en répartissant différemment les 49,9 milliards d'euros de leur masse salariale. Elle s'insurge que des agrégés continuent à être nommés en collège, où ils sont payés 30 % de plus qu'un certifié (titulaires du capes) pour travailler 15 % de moins.
Plus globalement, elle estime que l'argent devrait aller vers ceux qui choisissent la difficulté. Sans parler de salaire au mérite, la Cour des comptes préconise que l'"engagement" soit mieux reconnu, que les équipes pédagogiques disposent d'une manne pour l'établissement et s'autoévaluent. Ce système, inspiré du modèle finlandais, permettrait des économies et éviterait d'attendre un inspecteur qui ne passe qu'une fois tous les quinze ans pour qui enseigne le sport à Versailles, une fois tous les dix ans lorsqu'on est en sciences économiques à Limoges...
Pour construire ce schéma, la Cour des comptes est partie de plusieurs constats. D'abord l'inefficacité croissante de l'école française qui plonge dans les évaluations internationales des élèves depuis l'an 2000 et oublie sur le bord du chemin ses élèves les plus faibles. Ensuite, la crise du recrutement des enseignants, qui montre que quelque chose ne tourne pas rond quand le chômage sévit. Entre 2006 et 2012, on est tombé de 6 candidats pour un poste mis au concours à 2,7. Même si les créations de postes de la gauche ont conduit à une remontée des candidatures, la défiance reste de mise.
La balle est dans le camp du ministre, qui a désormais sur son bureau une proposition de refondation plus radicale que la sienne. Sa réponse, annexée au rapport, laisse peu d'espoir qu'il ouvre ce dossier propre à indisposer le syndicat majoritaire du second degré sur à peu près tous les points abordés.
Comme on le souligne dans l'entourage du ministre, "il manque à ce rapport un chapitre dans lequel la Cour des Comptes nous explique comment faire"... La rue Cambon, elle, continue au fil de ses rapports à dessiner une école qui offrirait ce qu'elle estime être un meilleur service à la nation pour 6,3 % du PIB. Et, surtout, une école plus égalitaire.
Maryline Baumard
Les meilleurs enseignants ne sont pas mieux payés que les autres
Le Figaro, 22 mai 2013
En 40 ans de carrière, un enseignant très bien noté ne perçoit que 16,4 % de plus que celui qui progresse uniquement «à l'ancienneté».
En 40 ans de carrière, un enseignant très bien noté ne perçoit que 16,4 % de plus que celui qui progresse uniquement «à l'ancienneté».
«Les écarts de rémunération sont faibles et au
détriment des meilleurs enseignants», dénonce la Cour des comptes dans
son rapport «Gérer les enseignants autrement». En cumul sur 40 ans de
carrière, un enseignant qui progresserait toujours «au grand choix» -
c'est à dire grâce à la bonne notation de ses supérieurs - percevrait
16,4 % de plus que celui qui progresserait uniquement «à l'ancienneté».
Mais de toute façon, en pratique, «cette différence est moindre et peu ressentie par les intéressés», observe la Cour. Car les cas théoriques extrêmes se rencontrent rarement. L'ancienneté compte fortement pour accéder aux échelons maximum de la grille (la hors classe). De fait, au bout de 10 ans de carrière, l'écart maximum de rémunération n'est que de 6 %.
Les comparaisons internationales fournies par l'OCDE font apparaître que la rémunération des enseignants est inférieure de 30 % à la moyenne européenne dans le primaire et de 10 % au collège. Le caractère peu attractif de la rémunération en France n'est pas la conséquence d'un temps de travail plus faible. Le niveau de la rémunération est le fruit d'une évolution de long terme. C'est en réalité le nombre d'enseignants qui rend le ministère réticent à mettre en œuvre des mesures de politique salariale. Depuis de nombreuses années, le choix implicite a ainsi été de privilégier le nombre d'enseignants sur le montant de leurs rémunérations…
Dans le contexte actuel de redressement des comptes publics, la Cour a déjà eu l'occasion d'affirmer que seule une politique de réduction des effectifs était à même de fournir des marges de manœuvre salariales. Cette politique éducative qui était affichée dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy est l'inverse de celle prônée par François Hollande…
S'agissant du déroulement de leur carrière, les enseignants n'ont pas de véritable perspective de carrière autre que géographique. Seule l'agrégation apparaît leur permet de progresser alors qu'elle ne conduit pas à un changement de responsabilité. La différenciation des postes, notamment dans la coordination des équipes pédagogiques et l'appui aux enseignants, sont mises en œuvre en Allemagne, au Canada et aux Pays-Bas. Elles permettraient d'offrir aux enseignants des perspectives de carrière plus attractives et apporteraient une meilleure réponse à la diversité des situations d'enseignement, selon la Cour.
Cette dernière met notamment en avant l'exemple de la province de l'Ontario, au Canada, dont les résultats scolaires des élèves de quinze ans sont meilleurs que les nôtres. Dans cette province, l'évaluation des résultats fonde l'ensemble des politiques scolaires: les dotations budgétaires varient de un à trois selon les besoins des élèves. Les obligations de service incluent quatre heures par semaine pour le travail en équipe, l'appui entre enseignants et la formation. Enfin, les nouveaux enseignants titulaires bénéficient d'un programme d'appui (tutorat, évaluation renforcée).
Mais de toute façon, en pratique, «cette différence est moindre et peu ressentie par les intéressés», observe la Cour. Car les cas théoriques extrêmes se rencontrent rarement. L'ancienneté compte fortement pour accéder aux échelons maximum de la grille (la hors classe). De fait, au bout de 10 ans de carrière, l'écart maximum de rémunération n'est que de 6 %.
Les comparaisons internationales fournies par l'OCDE font apparaître que la rémunération des enseignants est inférieure de 30 % à la moyenne européenne dans le primaire et de 10 % au collège. Le caractère peu attractif de la rémunération en France n'est pas la conséquence d'un temps de travail plus faible. Le niveau de la rémunération est le fruit d'une évolution de long terme. C'est en réalité le nombre d'enseignants qui rend le ministère réticent à mettre en œuvre des mesures de politique salariale. Depuis de nombreuses années, le choix implicite a ainsi été de privilégier le nombre d'enseignants sur le montant de leurs rémunérations…
Dans le contexte actuel de redressement des comptes publics, la Cour a déjà eu l'occasion d'affirmer que seule une politique de réduction des effectifs était à même de fournir des marges de manœuvre salariales. Cette politique éducative qui était affichée dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy est l'inverse de celle prônée par François Hollande…
Les agrégés en ligne de mire
La Cour s'attaque directement aux professeurs agrégés de l'enseignement secondaire qui doivent quinze heures de cours hebdomadaire -contre dix-huit pour les titulaires d'un Capes- et sont pourtant mieux payés. Il est inéquitable que des enseignants exerçant dans le même établissement, au même niveau scolaire et dans la même discipline aient un nombre d'heures de cours inférieur à d'autres au seul motif de leur corps de recrutement. Seules la nature des postes et les conditions locales d'exercice des fonctions devraient être prises en considération pour pouvoir moduler à la baisse le nombre d'heures de cours au sein du temps de service, estime-t-on à la Cour des Comptes.S'agissant du déroulement de leur carrière, les enseignants n'ont pas de véritable perspective de carrière autre que géographique. Seule l'agrégation apparaît leur permet de progresser alors qu'elle ne conduit pas à un changement de responsabilité. La différenciation des postes, notamment dans la coordination des équipes pédagogiques et l'appui aux enseignants, sont mises en œuvre en Allemagne, au Canada et aux Pays-Bas. Elles permettraient d'offrir aux enseignants des perspectives de carrière plus attractives et apporteraient une meilleure réponse à la diversité des situations d'enseignement, selon la Cour.
Cette dernière met notamment en avant l'exemple de la province de l'Ontario, au Canada, dont les résultats scolaires des élèves de quinze ans sont meilleurs que les nôtres. Dans cette province, l'évaluation des résultats fonde l'ensemble des politiques scolaires: les dotations budgétaires varient de un à trois selon les besoins des élèves. Les obligations de service incluent quatre heures par semaine pour le travail en équipe, l'appui entre enseignants et la formation. Enfin, les nouveaux enseignants titulaires bénéficient d'un programme d'appui (tutorat, évaluation renforcée).
Éducation nationale : la charge de la Cour des comptes
Le Figaro, 22 mai 2013
De l'embauche des professeurs à leur gestion par l'État, en passant par la politique de rémunération du ministère de l'Éducation nationale, les Sages de la rue Cambon dévoilent toutes les faiblesses du « Mammouth ».
De l'embauche des professeurs à leur gestion par l'État, en passant par la politique de rémunération du ministère de l'Éducation nationale, les Sages de la rue Cambon dévoilent toutes les faiblesses du « Mammouth ».
«Gérer les enseignants autrement.» Dans son rapport thématique dévoilé mercredi matin,
la Cour des comptes brocarde le gouvernement actuel.
Selon les vénérables de la rue Cambon dirigés par le socialiste Didier Migaud, l'Éducation nationale «ne souffre pas d'un manque de moyens ou d'un nombre trop faible d'enseignants, mais d'une utilisation défaillante des moyens existants». Et ce, alors même que le gouvernement a décidé d'embaucher 60.000 enseignants d'ici la fin du quinquennat!
Elle estime ainsi que «l'évolution du nombre d'enseignants est déconnectée de celle des élèves». Les effectifs des enseignants du secondaire n'ont ainsi pas cessé d'augmenter entre 1993 et 2005 alors que celui des élèves diminuaient parallèlement.
Entre 2009 et 2011, les effectifs d'enseignants du primaire augmentaient quand ceux de leurs élèves stagnaient… Chaque année, c'est le volume d'heures de cours et le souci d'assurer chaque année un débouché satisfaisant aux universités pour les concours qui guident les décisions de recrutement, se désolent les Sages qui ont enquêté au sujet de la gestion des enseignants dans cinq académies: Bordeaux, Lille, Limoges, Nantes et Versailles.
Le système français est un de ceux où le poids des origines socio-économiques des élèves pèse le plus sur les résultats scolaires. L'écart de résultats entre les meilleurs élèves et les plus faibles est l'un des plus élevés de l'OCDE. Pour la Cour, il existe surtout un écart entre la réalité du métier enseignants et leurs statuts.
Leur «temps de service» n'est centré que sur les seules heures de cours alors que la loi leur assigne d'autres missions: relations aux parents, travail en équipe, aide au travail personnel des élèves, formation, conseil et orientation…
Le temps qui y est consacré par les enseignants n'est que très imparfaitement mesuré, et rémunéré que partiellement, à travers un système de décharges et d'heures supplémentaires attribuées par quota aux différents établissements. Une telle organisation conduit à ne pas valoriser l'implication des enseignants dans toutes ces activités pourtant essentielles pour la réussite scolaire de tous les élèves…
La Cour recommande donc d'élargir leurs obligations de service à l'ensemble des activités effectuées dans l'établissement au service des élèves, sous la forme d'un forfait annuel, la répartition de ce temps de service devant pouvoir être modulée en fonction du type de poste occupé et des besoins locaux des élèves.
Le système favorise l'instabilité des enseignants débutants et encourage peu la mobilité des enseignants expérimentés. À 30 ans d'ancienneté, un enseignant est présent en moyenne depuis 20 ans dans son établissement.
Le système d'affectation automatique «au barème» en fonction de différents critères (ancienneté de poste et de service, rapprochement de conjoint, handicap, situation familiale, etc.) a été jugé illégal par le Conseil d'État à plusieurs reprises. Tous les postes sont considérés comme équivalents et tous les enseignants sont jugés également qualifiés pour les occuper. Ni le directeur de l'école, ni le chef d'établissement n'ont leur mot à dire.
Le caractère automatique de ce système répond au souci d'objectivité parfaite, du moins en apparence, auquel les organisations syndicales sont attachées. Mais il conduit à de nombreux dysfonctionnements dans la répartition des professeurs.
Plus généralement, la Cour recommande de fonder le système des mutations sur une meilleure adéquation entre les exigences du poste et le profil des enseignants appelés à l'occuper, sur la base d'entretiens entre les candidats et les chefs d'établissement, en s'inspirant d'exemples étrangers et du système existant dans les établissements d'enseignement privé catholique.
Les chefs d'établissement joueraient un rôle plus affirmé dans la constitution et l'animation des équipes pédagogiques, et pourraient moduler la répartition du temps de service des enseignants en fonction des besoins locaux, dans le cadre d'une contractualisation avec les rectorats et les services départementaux de l'Éducation nationale.
Selon les vénérables de la rue Cambon dirigés par le socialiste Didier Migaud, l'Éducation nationale «ne souffre pas d'un manque de moyens ou d'un nombre trop faible d'enseignants, mais d'une utilisation défaillante des moyens existants». Et ce, alors même que le gouvernement a décidé d'embaucher 60.000 enseignants d'ici la fin du quinquennat!
Elle estime ainsi que «l'évolution du nombre d'enseignants est déconnectée de celle des élèves». Les effectifs des enseignants du secondaire n'ont ainsi pas cessé d'augmenter entre 1993 et 2005 alors que celui des élèves diminuaient parallèlement.
Entre 2009 et 2011, les effectifs d'enseignants du primaire augmentaient quand ceux de leurs élèves stagnaient… Chaque année, c'est le volume d'heures de cours et le souci d'assurer chaque année un débouché satisfaisant aux universités pour les concours qui guident les décisions de recrutement, se désolent les Sages qui ont enquêté au sujet de la gestion des enseignants dans cinq académies: Bordeaux, Lille, Limoges, Nantes et Versailles.
Les résultats du système éducatif français sont particulièrement inégalitaires
En dépit de ce surcroît d'enseignants par rapport aux élèves, les résultats du système éducatif français sont particulièrement inégalitaires et les résultats des enfants se dégradent lentement. La part des élèves les plus faibles s'est ainsi accrue de 26 % en lecture et de 37 % en mathématiques entre 2000 et 2009.Le système français est un de ceux où le poids des origines socio-économiques des élèves pèse le plus sur les résultats scolaires. L'écart de résultats entre les meilleurs élèves et les plus faibles est l'un des plus élevés de l'OCDE. Pour la Cour, il existe surtout un écart entre la réalité du métier enseignants et leurs statuts.
Leur «temps de service» n'est centré que sur les seules heures de cours alors que la loi leur assigne d'autres missions: relations aux parents, travail en équipe, aide au travail personnel des élèves, formation, conseil et orientation…
Le temps qui y est consacré par les enseignants n'est que très imparfaitement mesuré, et rémunéré que partiellement, à travers un système de décharges et d'heures supplémentaires attribuées par quota aux différents établissements. Une telle organisation conduit à ne pas valoriser l'implication des enseignants dans toutes ces activités pourtant essentielles pour la réussite scolaire de tous les élèves…
La Cour recommande donc d'élargir leurs obligations de service à l'ensemble des activités effectuées dans l'établissement au service des élèves, sous la forme d'un forfait annuel, la répartition de ce temps de service devant pouvoir être modulée en fonction du type de poste occupé et des besoins locaux des élèves.
Une «affectation inadaptée» aux besoins des élèves
L'affectation des enseignants est également un «système inadapté aux besoins des élèves et aux exigences des postes». Le système ne tient pas compte des profils des enseignants. En 2011, 65 % des débutants du second degré ont été affectés en établissement difficile ou comme remplaçants, contre 33 % pour le reste des enseignants.Le système favorise l'instabilité des enseignants débutants et encourage peu la mobilité des enseignants expérimentés. À 30 ans d'ancienneté, un enseignant est présent en moyenne depuis 20 ans dans son établissement.
Le système d'affectation automatique «au barème» en fonction de différents critères (ancienneté de poste et de service, rapprochement de conjoint, handicap, situation familiale, etc.) a été jugé illégal par le Conseil d'État à plusieurs reprises. Tous les postes sont considérés comme équivalents et tous les enseignants sont jugés également qualifiés pour les occuper. Ni le directeur de l'école, ni le chef d'établissement n'ont leur mot à dire.
Le caractère automatique de ce système répond au souci d'objectivité parfaite, du moins en apparence, auquel les organisations syndicales sont attachées. Mais il conduit à de nombreux dysfonctionnements dans la répartition des professeurs.
Plus généralement, la Cour recommande de fonder le système des mutations sur une meilleure adéquation entre les exigences du poste et le profil des enseignants appelés à l'occuper, sur la base d'entretiens entre les candidats et les chefs d'établissement, en s'inspirant d'exemples étrangers et du système existant dans les établissements d'enseignement privé catholique.
Les chefs d'établissement joueraient un rôle plus affirmé dans la constitution et l'animation des équipes pédagogiques, et pourraient moduler la répartition du temps de service des enseignants en fonction des besoins locaux, dans le cadre d'une contractualisation avec les rectorats et les services départementaux de l'Éducation nationale.
Le pouvoir des présidents d’université remis en cause
Le Figaro, 22 mai 2013
Le projet de loi Fioraso pourrait aboutir à la mise en place d’un contre-pouvoir paralysant la prise de décisions.
Un président d’université tout puissant, gérant son budget ainsi que ses ressources humaines, et un manque criant de collégialité… Autant de reproches faits par l’opposition de l’époque à la loi LRU sur l’autonomie des universités, portée en 2007 par Valérie Pécresse et généralisée à l’ensemble des universités depuis 2012.
Aussi, le contre-projet à cette réforme phare de la présidence Sarkozy était-il largement attendu à gauche, de l’Unef au Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup).
En juin 2012, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso ,promettait une remise à plat de la LRU. «Il faut réintroduire la collégialité. C’est l’esprit même de l’université. Le président manager, ça ne marche pas», expliquait-elle.
Quid du contenu de son projet, dont l’examen débute ce mercredi à l’Assemblée? «Il se situe dans la lignée de la LRU», assène Marc Neveu, cosecrétaire général du Snesup, largement déçu. Au bout du compte, un texte entre deux eaux qui, sans remettre en cause la marche inéluctable vers l’autonomie des universités françaises, introduit une collégialité de façade risquant d’aboutir à des situations de blocage…
Concrètement, il propose d’instaurer, parallèlement au conseil d’administration, un «conseil académique» regroupant les commissions formation et recherche, doté d’attributions en matière de recrutement et de suivi de carrière des enseignants-chercheurs. Objectif affiché par la ministre: «Rendre la gouvernance des universités plus démocratique».
Mais de tous côtés, la mesure suscite peu d’enthousiasme. Derrière ce conseil académique, certains perçoivent le spectre d’un contre-pouvoir. Et ce d’autant plus que le président du nouvel organe pourrait être une autre personne que le président d’université…
«La mise en place d’une potentielle direction bicéphale de l’université est un risque majeur», estime Gérard Blanchard, vice-président de la Conférence des présidents d’université. La CPU soutient le projet de loi Fioraso avec la même «réserve» qu’elle avait soutenu la loi LRU. «Les conditions d’un blocage sont créées», regrette Jean-François Balaudé, président de Nanterre, qui s’interroge sur la capacité d’un président à jouer son rôle de «coordonnateur et stratège» dans de telles conditions.
Dans le même temps, les partisans d’une collégialité accrue sont déçus. Car dans la lignée de la loi précédente, le conseil d’administration reste largement dominé par les enseignants-chercheurs (30 à 50 %) et les personnalités extérieures (25 à 30 %), les étudiants et administratifs demeurant minoritaires.
Un nouveau vent va-t-il souffler dans les universités? Tous reconnaissent que le profil du président va s’en trouver modifié. «Le président doit rester un universitaire, élu par ses pairs», souligne le président de Nanterre, quand d’autres redoutent une forte ingérence de la région.
Au nombre de huit, ces personnalités comprennent les «incontournables», représentants de la région, du monde patronal et syndical, auxquelles s’ajoutent deux autres personnalités, issues notamment du monde socio-économique.
De la région justement, il est fortement question dans ce projet de loi, avec des conséquences difficiles à mesurer pour l’heure sur la gouvernance. Il prévoit la mise en place d’une trentaine de «communautés d’universités», avec lesquelles le ministère établira un contrat de site.
«Une mesure symbolique du rôle de stratège et régulateur que souhaite jouer le ministère, garant de l’émergence et de la cohérence de pôles complets, harmonisés et adaptés aux réalités de chaque territoire», explique le ministère.
«Le passage de 100 sites actuellement à 30 n’est pas anodin», estime pour sa part la CPU évoquant un «transfert de prérogatives» - ces nouveaux ensembles seront dotés d’un conseil d’administration et d’un président.
La CPU regrette par ailleurs le caractère «obligatoire» d’une telle mesure alors même que des exemples récents, à Strasbourg, Aix-Marseille et en Lorraine, prouvent que de tels regroupements se sont opérés spontanément.
Président de l’université de Nantes, Olivier Laboux ne perçoit pas ces communautés d’un mauvais œil. «Pour exister sur le plan européen, j’ai tout intérêt à travailler sur un site Grand Ouest», explique-t-il en appelant à une utilisation pertinente de l’autonomie. «Il nous revient de dessiner notre territoire.»
Cette perspective régionale, dans laquelle s’inscrit la loi Fioraso, est un sujet de préoccupation majeure pour le Snesup, qui craint «la fin du cadrage national et l’accroissement des inégalités territoriales».
Reste que le modèle de gouvernance dominant dans le monde anglo-saxon, mais aussi en Europe, de l’Allemagne à l’Espagne, tend bien à une autonomie allant de pair avec la décentralisation. Le ministère a d’ailleurs largement recours à l’expression «universités fédérales».
Le projet de loi Fioraso pourrait aboutir à la mise en place d’un contre-pouvoir paralysant la prise de décisions.
Un président d’université tout puissant, gérant son budget ainsi que ses ressources humaines, et un manque criant de collégialité… Autant de reproches faits par l’opposition de l’époque à la loi LRU sur l’autonomie des universités, portée en 2007 par Valérie Pécresse et généralisée à l’ensemble des universités depuis 2012.
Aussi, le contre-projet à cette réforme phare de la présidence Sarkozy était-il largement attendu à gauche, de l’Unef au Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup).
En juin 2012, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso ,promettait une remise à plat de la LRU. «Il faut réintroduire la collégialité. C’est l’esprit même de l’université. Le président manager, ça ne marche pas», expliquait-elle.
Quid du contenu de son projet, dont l’examen débute ce mercredi à l’Assemblée? «Il se situe dans la lignée de la LRU», assène Marc Neveu, cosecrétaire général du Snesup, largement déçu. Au bout du compte, un texte entre deux eaux qui, sans remettre en cause la marche inéluctable vers l’autonomie des universités françaises, introduit une collégialité de façade risquant d’aboutir à des situations de blocage…
Concrètement, il propose d’instaurer, parallèlement au conseil d’administration, un «conseil académique» regroupant les commissions formation et recherche, doté d’attributions en matière de recrutement et de suivi de carrière des enseignants-chercheurs. Objectif affiché par la ministre: «Rendre la gouvernance des universités plus démocratique».
Mais de tous côtés, la mesure suscite peu d’enthousiasme. Derrière ce conseil académique, certains perçoivent le spectre d’un contre-pouvoir. Et ce d’autant plus que le président du nouvel organe pourrait être une autre personne que le président d’université…
«La mise en place d’une potentielle direction bicéphale de l’université est un risque majeur», estime Gérard Blanchard, vice-président de la Conférence des présidents d’université. La CPU soutient le projet de loi Fioraso avec la même «réserve» qu’elle avait soutenu la loi LRU. «Les conditions d’un blocage sont créées», regrette Jean-François Balaudé, président de Nanterre, qui s’interroge sur la capacité d’un président à jouer son rôle de «coordonnateur et stratège» dans de telles conditions.
Dans le même temps, les partisans d’une collégialité accrue sont déçus. Car dans la lignée de la loi précédente, le conseil d’administration reste largement dominé par les enseignants-chercheurs (30 à 50 %) et les personnalités extérieures (25 à 30 %), les étudiants et administratifs demeurant minoritaires.
Fioraso: «J’assume!»
Changement majeur et hautement symbolique: les «personnalités extérieures» vont désormais participer à l’élection du président. «Certains diront: “Pécresse n’a pas osé le faire, Fioraso le fait.” J’assume!», explique la ministre.Un nouveau vent va-t-il souffler dans les universités? Tous reconnaissent que le profil du président va s’en trouver modifié. «Le président doit rester un universitaire, élu par ses pairs», souligne le président de Nanterre, quand d’autres redoutent une forte ingérence de la région.
Au nombre de huit, ces personnalités comprennent les «incontournables», représentants de la région, du monde patronal et syndical, auxquelles s’ajoutent deux autres personnalités, issues notamment du monde socio-économique.
De la région justement, il est fortement question dans ce projet de loi, avec des conséquences difficiles à mesurer pour l’heure sur la gouvernance. Il prévoit la mise en place d’une trentaine de «communautés d’universités», avec lesquelles le ministère établira un contrat de site.
«Une mesure symbolique du rôle de stratège et régulateur que souhaite jouer le ministère, garant de l’émergence et de la cohérence de pôles complets, harmonisés et adaptés aux réalités de chaque territoire», explique le ministère.
«Le passage de 100 sites actuellement à 30 n’est pas anodin», estime pour sa part la CPU évoquant un «transfert de prérogatives» - ces nouveaux ensembles seront dotés d’un conseil d’administration et d’un président.
La CPU regrette par ailleurs le caractère «obligatoire» d’une telle mesure alors même que des exemples récents, à Strasbourg, Aix-Marseille et en Lorraine, prouvent que de tels regroupements se sont opérés spontanément.
Président de l’université de Nantes, Olivier Laboux ne perçoit pas ces communautés d’un mauvais œil. «Pour exister sur le plan européen, j’ai tout intérêt à travailler sur un site Grand Ouest», explique-t-il en appelant à une utilisation pertinente de l’autonomie. «Il nous revient de dessiner notre territoire.»
Cette perspective régionale, dans laquelle s’inscrit la loi Fioraso, est un sujet de préoccupation majeure pour le Snesup, qui craint «la fin du cadrage national et l’accroissement des inégalités territoriales».
Reste que le modèle de gouvernance dominant dans le monde anglo-saxon, mais aussi en Europe, de l’Allemagne à l’Espagne, tend bien à une autonomie allant de pair avec la décentralisation. Le ministère a d’ailleurs largement recours à l’expression «universités fédérales».
mardi 21 mai 2013
À l’étranger, les non-universitaires dirigent
Le Figaro, 21 mai 2013
Alors qu’en France, les présidents d’université sont issus du monde enseignant, la Suède et les États-Unis ont opté pour des présidents nommés, souvent extérieurs à l’université.
«Nous recherchons une personnalité d’exception qui sache définir, faire partager et concrétiser une vision claire de l’orientation future de l’enseignement supérieur (…)». Quand les Américains ou les Suédois sont en quête d’un président d’université, ils n’hésitent pas à lancer des procédures d’appels publics à candidatures avec à la clé des salaires parfois très conséquents.
En France, au Japon, en Suisse, il est traditionnel d’élire les dirigeants des universités pour s’assurer qu’ils représentent les membres de l’établissement, surtout les enseignants. Mais, ailleurs, la nomination par un conseil composé en majorité de membres extérieurs tend à devenir la tendance, écrit l’OCDE dans un rapport sur l’évolution des modes de gouvernance dans l’enseignement supérieur. C’est le cas aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Danemark, aux Pays-Bas… Ce changement est crucial. S’il est nommé plutôt qu’élu, le dirigeant «peut réaliser des transformations d’envergure qui bousculent les intérêts acquis».
Dans un rapport commandé par Valérie Pécresse à l’économiste Philippe Aghion, ce dernier affirmait en 2010 que l’on retrouve «des constantes dans les principes d’organisation des universités étrangères qui marchent le mieux, en particulier la coexistence de deux légitimités qui sous-tendent la gouvernance de l’université». La légitimité administrative et exécutive repose sur un conseil d’administration composé de personnalités souvent non universitaires, qui désigne un président doté de pouvoirs étendus. La légitimité académique, s’incarne «dans une instance représentant la collégialité de la communauté académique, force de proposition en matière scientifique et pédagogique».
Il reste difficile de définir ce qu’est la gouvernance idéale, comme le montrent les modèles très différents selon les pays, voire selon les universités. Au Royaume-Uni, la gouvernance fait une large place au corps enseignant quand aux États-Unis, on observe une très forte majorité de membres extérieurs. Mais le succès de Harvard, la célèbre université américaine est-il uniquement à chercher dans sa gouvernance ou dans son fonds de dotation exceptionnel de 35 milliards de dollars?
Parmi eux, 36 présidents ont gagné plus d’un million de dollars. Avec 3.047.703 dollars, le président de la New School de New York est le premier, suivi par la présidente du Rensselaer Polytechnic Institute de Troy avec 2.340.441 dollars. Le président de Columbia University occupe la 7e place avec 1,9 million de dollars, celui de Yale (8e) gagne 1,6 million de dollars, celui de Stanford (33e) 1,03 million. La présidente de Harvard, 875.331 et le Français Jean-Lou Chameau, président de California Institute of Technology, 827.800.
Alors qu’en France, les présidents d’université sont issus du monde enseignant, la Suède et les États-Unis ont opté pour des présidents nommés, souvent extérieurs à l’université.
«Nous recherchons une personnalité d’exception qui sache définir, faire partager et concrétiser une vision claire de l’orientation future de l’enseignement supérieur (…)». Quand les Américains ou les Suédois sont en quête d’un président d’université, ils n’hésitent pas à lancer des procédures d’appels publics à candidatures avec à la clé des salaires parfois très conséquents.
En France, au Japon, en Suisse, il est traditionnel d’élire les dirigeants des universités pour s’assurer qu’ils représentent les membres de l’établissement, surtout les enseignants. Mais, ailleurs, la nomination par un conseil composé en majorité de membres extérieurs tend à devenir la tendance, écrit l’OCDE dans un rapport sur l’évolution des modes de gouvernance dans l’enseignement supérieur. C’est le cas aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Danemark, aux Pays-Bas… Ce changement est crucial. S’il est nommé plutôt qu’élu, le dirigeant «peut réaliser des transformations d’envergure qui bousculent les intérêts acquis».
Quelle est la gouvernance idéale?
Alors que les universités deviennent autonomes, des efforts ont été faits pour renforcer les pouvoirs de décision des dirigeants d’établissements dans la plupart des pays au détriment des instances académiques traditionnelles. Le poids accru des représentants extérieurs a contribué à consolider la position des organes de direction. En Suède, le conseil d’administration compte une majorité de représentants venus du monde des affaires, de l’industrie et de l’administration régionale. Et la présidence est confiée à une «personnalité extérieure, très qualifiée et expérimentée» qui ne travaille pas dans l’établissement.Dans un rapport commandé par Valérie Pécresse à l’économiste Philippe Aghion, ce dernier affirmait en 2010 que l’on retrouve «des constantes dans les principes d’organisation des universités étrangères qui marchent le mieux, en particulier la coexistence de deux légitimités qui sous-tendent la gouvernance de l’université». La légitimité administrative et exécutive repose sur un conseil d’administration composé de personnalités souvent non universitaires, qui désigne un président doté de pouvoirs étendus. La légitimité académique, s’incarne «dans une instance représentant la collégialité de la communauté académique, force de proposition en matière scientifique et pédagogique».
Il reste difficile de définir ce qu’est la gouvernance idéale, comme le montrent les modèles très différents selon les pays, voire selon les universités. Au Royaume-Uni, la gouvernance fait une large place au corps enseignant quand aux États-Unis, on observe une très forte majorité de membres extérieurs. Mais le succès de Harvard, la célèbre université américaine est-il uniquement à chercher dans sa gouvernance ou dans son fonds de dotation exceptionnel de 35 milliards de dollars?
États-Unis: des salaires à un million de dollars
Si un président d’université française perçoit un salaire compris entre 72.000 et 108.000 euros bruts annuels, le revenu médian des 493 présidents d’universités privées américaines est de 396 649 dollars (environ 300.000 euros), selon une enquête du Chronicle of Higher Education publiée en décembre 2012.Parmi eux, 36 présidents ont gagné plus d’un million de dollars. Avec 3.047.703 dollars, le président de la New School de New York est le premier, suivi par la présidente du Rensselaer Polytechnic Institute de Troy avec 2.340.441 dollars. Le président de Columbia University occupe la 7e place avec 1,9 million de dollars, celui de Yale (8e) gagne 1,6 million de dollars, celui de Stanford (33e) 1,03 million. La présidente de Harvard, 875.331 et le Français Jean-Lou Chameau, président de California Institute of Technology, 827.800.
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