mardi 21 mai 2013

À l’étranger, les non-universitaires dirigent

  Le Figaro, 21 mai 2013

Alors qu’en France, les présidents d’université sont issus du monde enseignant, la Suède et les États-Unis ont opté pour des présidents nommés, souvent extérieurs à l’université.

«Nous recherchons une personnalité d’exception qui sache définir, faire partager et concrétiser une vision claire de l’orientation future de l’enseignement supérieur (…)». Quand les Américains ou les Suédois sont en quête d’un président d’université, ils n’hésitent pas à lancer des procédures d’appels publics à candidatures avec à la clé des salaires parfois très conséquents.

En France, au Japon, en Suisse, il est traditionnel d’élire les dirigeants des universités pour s’assurer qu’ils représentent les membres de l’établissement, surtout les enseignants. Mais, ailleurs, la nomination par un conseil composé en majorité de membres extérieurs tend à devenir la tendance, écrit l’OCDE dans un rapport sur l’évolution des modes de gouvernance dans l’enseignement supérieur. C’est le cas aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Danemark, aux Pays-Bas… Ce changement est crucial. S’il est nommé plutôt qu’élu, le dirigeant «peut réaliser des transformations d’envergure qui bousculent les intérêts acquis».

Quelle est la gouvernance idéale?

Alors que les universités deviennent autonomes, des efforts ont été faits pour renforcer les pouvoirs de décision des dirigeants d’établissements dans la plupart des pays au détriment des instances académiques traditionnelles. Le poids accru des représentants extérieurs a contribué à consolider la position des organes de direction. En Suède, le conseil d’administration compte une majorité de représentants venus du monde des affaires, de l’industrie et de l’administration régionale. Et la présidence est confiée à une «personnalité extérieure, très qualifiée et expérimentée» qui ne travaille pas dans l’établissement.

Dans un rapport commandé par Valérie Pécresse à l’économiste Philippe Aghion, ce dernier affirmait en 2010 que l’on retrouve «des constantes dans les principes d’organisation des universités étrangères qui marchent le mieux, en particulier la coexistence de deux légitimités qui sous-tendent la gouvernance de l’université». La légitimité administrative et exécutive repose sur un conseil d’administration composé de personnalités souvent non universitaires, qui désigne un président doté de pouvoirs étendus. La légitimité académique, s’incarne «dans une instance représentant la collégialité de la communauté académique, force de proposition en matière scientifique et pédagogique».

Il reste difficile de définir ce qu’est la gouvernance idéale, comme le montrent les modèles très différents selon les pays, voire selon les universités. Au Royaume-Uni, la gouvernance fait une large place au corps enseignant quand aux États-Unis, on observe une très forte majorité de membres extérieurs. Mais le succès de Harvard, la célèbre université américaine est-il uniquement à chercher dans sa gouvernance ou dans son fonds de dotation exceptionnel de 35 milliards de dollars?


États-Unis: des salaires à un million de dollars

Si un président d’université française perçoit un salaire compris entre 72.000 et 108.000 euros bruts annuels, le revenu médian des 493 présidents d’universités privées américaines est de 396 649 dollars (environ 300.000 euros), selon une enquête du Chronicle of Higher Education publiée en décembre 2012.

Parmi eux, 36 présidents ont gagné plus d’un million de dollars. Avec 3.047.703 dollars, le président de la New School de New York est le premier, suivi par la présidente du Rensselaer Polytechnic Institute de Troy avec 2.340.441 dollars. Le président de Columbia University occupe la 7e place avec 1,9 million de dollars, celui de Yale (8e) gagne 1,6 million de dollars, celui de Stanford (33e) 1,03 million. La présidente de Harvard, 875.331 et le Français Jean-Lou Chameau, président de California Institute of Technology, 827.800.

mardi 23 avril 2013

Les petites universités ont les meilleures taux de réussite

  Le Figaro, 23 avril 2013

C’est l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines qui arrive en tête de ce classement mesurant la capacité des établissements à tirer le meilleur de leurs étudiants. Les prestigieuses facs parisiennes sont reléguées en bas de tableau.

Alors que l’échec reste massif en première année de licence à l’université, tous les étudiants ne sont pas logés à la même enseigne. Si l’on en croit les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, certaines universités font plus progresser leurs étudiants que d’autres.

Et à ce petit jeu là, c’est la fac de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines qui s’en sort le mieux selon des chiffres communiqués par le ministère de l’Enseignement supérieur, devant l’université d’Angers et le CUFR Nord-Est Midi-Pyrénées. A l’inverse, les universités ultramarines de Polynésie Française et de Nouvelle-Calédonie ferment la marche.

Ce classement ne repose pas sur le seul «taux de réussite» des établissements, c’est à dire la proportion de ses étudiant qui obtiennent leur licence en trois ans, mais sur la notion de «valeur ajoutée». Car, aussi variés que soient ces taux de réussite (de moins de 16 % en Polynésie à près de 59 % à Angers), ils sont difficiles à comparer en raison des nombreuses différences entre les facs. Non seulement les cursus sont divers, parfois sélectifs comme en médecine, mais les étudiants viennent aussi de milieux sociaux et d’origine très variés.  

Universités à taille humaine

Chaque année, le ministère de l’Enseignement supérieur calcule donc un taux de réussite «attendu» pour chaque université, à partir de critères comme l’âge des étudiants inscrits, leur sexe, leur origine sociale, la filière suivie… La valeur ajoutée correspond à l’écart constaté entre ce taux de réussite «attendu» et le taux de réussite réellement observé en fin d’année. Les universités gratifiées d’une forte valeur ajoutée sont donc celles qui parviennent à faire réussir le plus grand nombre d’étudiants, étant donné leur contexte particulier.

Or l’enjeu est de taille alors que moins d’un tiers des étudiants obtiennent leur licence en trois ans. Les universités qui rendent leurs étudiants meilleurs ont développé de véritables stratégies.

Directeur du CUFR Nord-Est Midi-Pyrénées, 3ème du classement, Hervé Pingaud, explique le succès de son établissement d’abord par sa «taille humaine», qui permet la mise en place d’un «encadrement pédagogique renforcé». Hormis Lyon II, 5ème avec près de 2500 étudiants en première année, rares sont en effet les universités bien classées qui dépassent les 1000 étudiants. «Nous privilégions les cours en petits groupes, où les étudiants sont mieux cadrés», confirme Jean-Luc Vayssière, président de Versailles Saint-Quentin .

Cours en petits groupes, contrôle continu

Pour qu’un maximum d’étudiants passe le cap fatidique de la première année, il «confie des cours de première année à des enseignants-chercheurs, alors qu’ailleurs ce sont le plus souvent des vacataires qui s’en chargent». Une mesure qui permet d’améliorer la motivation des jeunes, et donc de réduire le nombre de décrochage. L’année est évaluée «en contrôle continu», ce qui est moins déstabilisant pour des élèves tout juste sortis du lycée. Dans le domaine des sciences, un parcours regroupant plusieurs disciplines a été instauré en première année, permettant ainsi aux étudiants de se spécialiser «plus progressivement et de se réorienter si besoin» sans être obligé de recommencer leurs études.

En Midi-Pyrénées, c’est principalement sur l’orientation que Hervé Pingaud a misé. Rencontre avec des professionnels pour les élèves de seconde, afin de «leur faire découvrir les métiers», journée de cours «en immersion sur le campus» pour les élèves de première, conseils personnalisés pour les terminales: les lycéens sont accompagnés au maximum pour éviter qu’ils se perdent après avoir décroché le bac. Une fois l’université intégrée, ils suivent des cours de «méthodologie universitaire», et réalisent «un projet professionnel et personnel», ainsi qu’un «carnet de compétences» pour faciliter la construction de leur CV et leurs choix de carrière. Enfin, un certain nombre de «processus qualité» sont mis en œuvre dans l’établissement: évaluation des enseignements par les étudiants, réunion d’améliorations…

Les pistes d’amélioration de la réussite en licence sont donc nombreuses, certaines de celles-ci figurant d’ailleurs dans le projet de loi sur l’Enseignement supérieur défendu par Geneviève Fioraso ,la ministre actuelle. Elles permettent en tout cas de mieux comprendre le succès des facultés «périphériques» d’Ile-de-France, qui multiplient souvent les initiatives à destination de leurs étudiants, alors que les plus prestigieuses institutions parisiennes font parfois figure de belles endormies où les étudiants sont livrés à eux mêmes.


mercredi 17 avril 2013

Le Monde - 17 avril 2013

Décidément, il est grand temps que se termine l'examen du projet de loi sur le « mariage pour tous » ! Le changement du calendrier parlementaire pour permettre à l'Assemblée de procéder en urgence à une seconde lecture de cette réforme a fait, en effet, une victime collatérale : le débat sans vote, prévu mardi 16 avril, sur la politique d'accueil des étudiants étrangers en France a été reporté.

En dépit de ce contretemps, le gouvernement a décidé d'avancer sur un dossier essentiel pour l'attractivité universitaire de la France, au coeur des défis de la mondialisation. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, et Geneviève Fioraso, sa collègue de l'enseignement supérieur et de la recherche, ont annoncé plusieurs mesures pour améliorer l'accueil des étrangers non communautaires dans les universités et les grandes écoles de l'Hexagone.

Trois dispositions en particulier sont prévues. D'une part, le gouvernement propose d'accorder de plein droit - et non plus au cas par cas et au gré des préfectures - aux étudiants étrangers des visas de la durée de leurs études et de prolonger ces visas d'une année pour leur permettre de faire une première expérience professionnelle en France après l'obtention de leur diplôme.
D'autre part, les doctorants étrangers bénéficieront d'un visa permanent afin de mener leurs recherches dans des laboratoires français sans être suspendus à d'aléatoires renouvellements de titre de séjour. Enfin, un guichet unique sera ouvert dans la plupart des campus, regroupant des représentants des préfectures et des services sociaux, pour faciliter l'accueil pratique de ces étudiants.

Ces mesures sont bienvenues. Elles referment, on l'espère définitivement, le chapitre de la politique déplorable menée par l'ancien ministre de l'intérieur, Claude Guéant. Obsédé par le « risque migratoire », celui-ci avait pris, en mai 2011, une circulaire restreignant fortement les droits des étudiants étrangers. Devant la levée de boucliers des présidents d'université, des directeurs de grande école et des chefs d'entreprise, mais aussi devant l'incompréhension des pays étrangers concernés, M. Guéant avait fini par amender son texte, sans toutefois y renoncer. A peine installé, en mai 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a abrogé cette circulaire, qui symbolisait le repli sur soi de la France.

Si elles ne règlent pas tous les problèmes - en particulier celui du coût de ces étudiants qui payent les mêmes droits d'inscription que les Français, contrairement à ce qui se passe souvent à l'étranger -, les nouvelles mesures annoncées confirment ce changement de cap. A juste titre.

Dans la compétition économique mondiale, chacun sait que le savoir est un enjeu stratégique. L'enseignement supérieur doit attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs chercheurs, qui seront, ensuite, les ambassadeurs de la France et renforceront sa politique d'influence, son « soft power ».

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et l'Allemagne l'ont parfaitement compris. La France, qui accueille quelque 230 000 étudiants étrangers non européens, a une tradition ancienne en ce domaine. Elle se doit, plus que jamais, de l'honorer.

NB: Budget 230 000 x 8000 = 1,8 Milliards d'euros?



mardi 16 avril 2013

Les universités s'interrogent sur le coût de la scolarité des étudiants étrangers

Le Monde, 16 avril 2013

Lors de leur visite à la Cité universitaire internationale, à Paris, mardi 16 avril, Manuel Valls, ministre de l'intérieur, et Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur, devaient annoncer plusieurs mesures pour améliorer l'accueil des étudiants étrangers, en France. Il y a urgence.

Au palmarès des pays les plus accueillants, la France, avec 260 000 étudiants étrangers (50 % de plus qu'en 2001), est passée, en 2010, de la 3e à la 5e place, au coude à coude avec l'Allemagne (264 000), derrière les Etats-Unis (685 000), le Royaume-Uni (400 000) et surtout l'Australie (271 000) qui a soufflé à la France sa troisième place. "La suppression de la désastreuse circulaire Guéant, fin mai 2012, a été un premier pas, mais n'a pas tout réglé, loin de là", explique Mme Fioraso.

Le gouvernement propose notamment d'accorder aux étudiants étrangers des visas de la durée de leurs études plus une année, de délivrer un visa permanent aux doctorants afin qu'ils puissent mener leurs recherches en toute tranquillité, et d'ouvrir un guichet unique sur la plupart des campus, avec des représentants des préfectures, du Crous, des caisses d'allocations familiales, voire des banques pour, en une seule visite, régler les problèmes pratiques.


RUDE CONCURRENCE POUR ATTIRER CES CERVEAUX

"Au titre de la compétitivité et de la croissance, nous avons l'impératif de mieux accueillir les chercheurs, doctorants et post-doctorants du monde entier, en particulier des pays émergents, Brésil, Inde, Chine, Russie, Corée... Il n'y a, par exemple, que 3 000 étudiants venus d'Inde", dit la ministre.

Attirer des personnes très qualifiées est crucial pour "l'intelligence" de la France qui compte 6,24 millions de très diplômés (titulaires d'un doctorat ou équivalent), dont près de 24 % sont nés à l'étranger ou sont étrangers notamment grâce à l'immigration étudiante. Un tiers des étudiants venus en France y restent à la fin de leurs études. Aujourd'hui, l'Asie (Chine, Japon, Corée) fournit le plus gros flux mondial d'étudiants en mobilité et la concurrence est rude pour attirer ces cerveaux.
La modicité des frais d'inscription en France (181 euros pour une licence, 300 euros pour un master) est-elle un atout ? Rien n'est moins sûr, puisque les pays qui devancent la France dans ce classement pratiquent ouvertement la tarification au prix fort des études pour les étudiants étrangers.

FRAIS D'INSCRIPTION ENCADRÉS

Les Anglo-Saxons en ont carrément fait une industrie. En Angleterre, les frais d'inscription dans la plupart des universités, de 9 000 livres par an au maximum pour les nationaux, grimpent à 20 000 livres ou plus pour les étudiants des pays tiers. Cet apport devient une ressource cruciale pour ces établissements et l'immigration étudiante contribue désormais pour 2,6 milliards d'euros par an à l'enseignement en Grande-Bretagne, sans oublier les 2,7 millions de retombées sur l'économie locale. Plus modeste, l'Irlande en tire tout de même 68 millions d'euros sur un total de frais d'inscription étudiants de 140 millions.

En Europe, les règles communautaires interdisent aux universités tout traitement différencié entre étudiants européens, mais l'idée de faire payer plus cher leurs études à ceux venus d'autres pays, les Etats-Unis ou l'Australie, ou même l'Inde, la Chine, le Brésil, qu'on ne peut plus considérer comme des pays pauvres, fait son chemin. Les Pays-Bas l'ont fait, l'Espagne y songe. En France, le sujet reste officiellement tabou, mais la question trotte dans la tête de plusieurs présidents d'université.

Les chiffres font réfléchir : à raison de 10 180 euros par étudiant et par an, la facture dépasse les 2,8 milliards d'euros, sans compter les prestations sociales. La marge de manœuvre des universités est étroite. A l'exception des diplômes propres aux établissements, les frais d'inscription pour les diplômes nationaux sont encadrés.

"CE N'EST PAS CONFORME AU SYSTÈME FRANÇAIS"

Toutefois, un décret remanié en 2008 permet de facturer des prestations pour des services facultatifs, comme un accompagnement dans les formalités ou des cours de français. Nombre d'universités l'utilisent notamment pour les étudiants non communautaires.

Paris-Dauphine, par exemple, s'apprête à soumettre à son conseil d'administration le triplement des droits d'inscription à divers diplômes, qui passeraient à 8 000 voire 12 000 euros par an, pour les candidats individuels non intégrés à un partenariat ou un échange. "Nous accompagnons cette politique par un système de bourses et de réductions pour des étudiants choisis pour leur mérite", précise Arnaud Raynouard, vice-président de l'université Paris-Dauphine, chargé des relations internationales.

L'université Paris-I Panthéon Sorbonne, si elle facturait à ses 13 000 étudiants étrangers venus à titre individuel ce type de frais, récupérerait environ 130 millions d'euros par an : "Mais ce n'est pas notre politique et ce n'est pas conforme au système français", rétorque Nadia Jacoby, vice-présidente de cette université.

"POLITIQUE D'ÉQUILIBRE"

La Conférence des grandes écoles a, elle, et depuis longtemps, choisi son camp : "En faisant payer les étudiants étrangers, nous aurions les moyens d'accueillir 500 000 étudiants de plus, et de mener une politique ambitieuse et autofinancée de développement, quitte à l'accompagner d'un système généreux de bourses d'études", plaide Pierre Tapie, son président.

"Il n'est pas question d'ouvrir le dossier de la hausse des frais d'inscription. Nous souhaitons une politique d'équilibre, de réciprocité avec les pays partenaires, notamment avec ceux d'Afrique francophone", argumente Mme Fioraso.

L'exemple suédois fait aussi réfléchir sur la mise en place d'une telle tarification. La Suède a, en août 2011, instauré le "full cost", soit un tarif de 11 000 euros à 25 000 euros, ce qui a découragé les étudiants non européens. Leur nombre a chuté de 52 % dès 2011, la baisse s'est accrue en 2012.  

"Anticipant sur les recettes, notre gouvernement a baissé sa contribution aux universités, ce qui a conduit à une perte sèche pour notre budget, raconte Pam Fredman, vice-chancelière de l'université de Gothenburg. Même le constructeur automobile Volvo n'y trouve pas son compte car il a besoin de cadres formés à notre culture pour des postes à l'étranger."

L'accueil des étudiants étrangers, enjeu stratégique

  Le Monde, 16 avril 2013 

Décidément, il est grand temps que se termine l'examen du projet de loi sur le "mariage pour tous" ! Le changement du calendrier parlementaire pour permettre à l'Assemblée de procéder en urgence à une seconde lecture de cette réforme a fait, en effet, une victime collatérale : le débat sans vote, prévu mardi 16 avril, sur la politique d'accueil des étudiants étrangers en France a été reporté.

En dépit de ce contretemps, le gouvernement a décidé d'avancer sur un dossier essentiel pour l'attractivité universitaire de la France, au coeur des défis de la mondialisation.

Manuel Valls, ministre de l'intérieur, et Geneviève Fioraso, sa collègue de l'enseignement supérieur et de la recherche, ont annoncé plusieurs mesures pour améliorer l'accueil des étrangers non communautaires dans les universités et les grandes écoles de l'Hexagone.

Trois dispositions en particulier sont prévues. D'une part, le gouvernement propose d'accorder de plein droit – et non plus au cas par cas et au gré des préfectures – aux étudiants étrangers des visas de la durée de leurs études et de prolonger ces visas d'une année pour leur permettre de faire une première expérience professionnelle en France après l'obtention de leur diplôme.

D'autre part, les doctorants étrangers bénéficieront d'un visa permanent afin de mener leurs recherches dans des laboratoires français sans être suspendus à d'aléatoires renouvellements de titre de séjour.

Enfin, un guichet unique sera ouvert dans la plupart des campus, regroupant des représentants des préfectures et des services sociaux, pour faciliter l'accueil pratique de ces étudiants.

Ces mesures sont bienvenues. Elles referment, on l'espère définitivement, le chapitre de la politique déplorable menée par l'ancien ministre de l'intérieur, Claude Guéant.

Obsédé par le "risque migratoire", celui-ci avait pris, en mai 2011, une circulaire restreignant fortement les droits des étudiants étrangers.

Devant la levée de boucliers des présidents d'université, des directeurs de grande école et des chefs d'entreprise, mais aussi devant l'incompréhension des pays étrangers concernés, M. Guéant avait fini par amender son texte, sans toutefois y renoncer.

A peine installé, en mai 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a abrogé cette circulaire, qui symbolisait le repli sur soi de la France.

Si elles ne règlent pas tous les problèmes – en particulier celui du coût de ces étudiants qui payent les mêmes droits d'inscription que les Français, contrairement à ce qui se passe souvent à l'étranger –, les nouvelles mesures annoncées confirment ce changement de cap. A juste titre.

Dans la compétition économique mondiale, chacun sait que le savoir est un enjeu stratégique.

L'enseignement supérieur doit attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs chercheurs, qui seront, ensuite, les ambassadeurs de la France et renforceront sa politique d'influence, son "soft power".

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et l'Allemagne l'ont parfaitement compris.

La France, qui accueille quelque 230 000 étudiants étrangers non européens, a une tradition ancienne en ce domaine. Elle se doit, plus que jamais, de l'honorer.

mercredi 27 mars 2013

Les MOOCs à l'assaut du mammouth

LE MONDE | 25.03.2013

Les 3 et 4 mars, les présidents de deux éminentes universités américaines, Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology), ont convoqué à Boston un "sommet" sur "l'enseignement en ligne et l'avenir de l'éducation en résidence". Quelque 200 experts se sont réunis pour écouter les communications des pionniers du secteur, et ont échangé leurs opinions dans des panels interactifs.

Quelques esprits chagrins n'ont pas manqué de relever l'ironie de l'affaire : pour évoquer les bienfaits de la révolution de l'enseignement virtuel, ces sommités ont eu besoin de se retrouver physiquement. De se rencontrer. De parler. De dîner ensemble. Et l'idée de mettre en ligne un enregistrement vidéo de l'événement, que l'on puisse regarder à Bangalore ou à Oulan-Bator, ne leur est même pas venue. Cette révolution annoncée avec tant de battage ne serait-elle pas un peu surfaite ?

Lancé par l'irruption sur Internet, il y a plus d'un an, de plateformes de distribution de cours universitaires à l'échelle mondiale, le débat sur les MOOCs est aujourd'hui à la mesure de l'attrait qu'ils exercent : énorme. MOOC : Massive Open Online Courses. En français, cela donne quelque chose comme : enseignement de masse ouvert en ligne (en l'absence, pour l'instant, de sigle français normalisé, nous nous tiendrons ici à celui des MOOCs.) Il s'agit de cours dispensés gratuitement sur Internet par les meilleures universités et mis à la disposition de toute personne qui a soif d'apprendre, à travers le monde, par une poignée d'entreprises créées à cet effet. Les plus connues, nées comme il se doit dans la Silicon Valley à l'ombre de Stanford, s'appellent Coursera et Udacity. Harvard et le MIT ont fondé ensemble une start-up à but non lucratif, edX, qui a la même mission.
Pour avoir une idée de la vitesse à laquelle se propage ce phénomène, il suffit d'aller sur le site de Coursera et de regarder le nombre d'inscrits : plus de 3 millions d'étudiants. En novembre 2012, ils étaient 1,7 million. Coursera propose aujourd'hui 329 cours, produits par 62 universités. La plupart sont américaines, mais elles ont été rejointes par des institutions britanniques, allemandes, de Barcelone, de Hongkong ou de Singapour. Une seule française y participe : l'Ecole polytechnique.

En quoi ces cours sont-ils "révolutionnaires" ? Ils dépassent le stade de la simple diffusion d'une leçon à distance. Comme le dit Bill Gates avec bon sens, pour cela, "il y a aussi les manuels".

Les MOOCs sont au CNED français (Centre national d'enseignement à distance) ce que l'A380 est au bimoteur de l'Aéropostale. C'est une autre expérience, mise à la portée du plus grand nombre. N'importe quel étudiant de Lagos ou de Lahore ayant accès à Internet peut s'inscrire, suivre un cours d'algorithmes de l'université de Princeton, échanger avec les autres étudiants suivant le même cours, faire les travaux requis et obtenir des notes, accordées par un système informatique de co-évaluation. S'il va jusqu'au bout du cours, l'étudiant de MOOC obtiendra non pas un diplôme de Princeton ni même les crédits qu'il aurait obtenus s'il avait suivi le même cours sur le campus, mais un certificat délivré par Coursera. Les cours sont gratuits mais l'obtention du certificat est payante. Coursera propose aussi aux étudiants certifiés un service de placement, payant.
Les deux fondateurs de Coursera, Andrew Ng et Daphne Koller, sont des spécialistes de l'intelligence artificielle à Stanford. Ce qui les intéresse, c'est de "réformer l'éducation au moyen de la technologie" : avec un champ expérimental d'une telle ampleur, Andrew Ng pense pouvoir détecter des tendances comportementales chez les étudiants susceptibles de modifier le travail des instructeurs. Pour l'heure, l'avantage immédiat de ces cours est une immense démocratisation du savoir. Des cours de très haut niveau jusqu'ici réservés à quelques élites sont désormais offerts à tous. Le savoir, que la présidente de Harvard, Drew Faust, définit comme"la monnaie du XXIe siècle", se trouve ainsi totalement mondialisé.

Pour autant, la "révolution" annoncée est loin d'être accomplie et les esprits chagrins ne sont pas les seuls à mettre en garde contre ce nouveau type d'"exubérance irrationnelle" qu'elle suscite. Le phénomène pose de vraies questions : quel est le rôle de l'instructeur ? Les petites universités seront-elles, à terme, menacées ? Quel sera l'impact sur l'emploi des enseignants ? Qu'apprennent vraiment les étudiants, au-delà du certificat obtenu ? En quoi cela change-t-il le travail des institutions universitaires qui, au-delà de l'enseignement, conservent l'une de leurs fonctions essentielles, la recherche ? L'interaction physique entre le professeur et l'élève, d'une part, et entre les étudiants, d'autre part, n'est-elle pas indispensable ?

Au Forum économique de Davos, fin janvier, le sujet a fait fureur. On y a même produit un petit prodige de 12 ans, pur produit des MOOCs, une jeune Pakistanaise aussi intarissable sur la robotique que Mozart à 6 ans sur les menuets. Pas si vite, ont averti Bill Gates et Larry Summers, ex-président de Harvard. Pour ce dernier, les MOOCs "vont profondément transformer l'éducation, de toutes sortes de manières, à un point que nous ne pouvons même pas imaginer". Mais pour qu'un procédé soit révolutionnaire, il faut deux étapes : d'abord qu'il fasse mieux ce qui a été fait jusque-là, puis qu'il modifie radicalement ce qui se fait. Et là, "nous n'en sommes qu'à la première étape".

Bill Gates, lui, considère que deux "révolutions préalables" doivent se produire pour que les MOOCs deviennent vraiment "énormes" : celle de la certification du savoir, et celle de la qualité des cours. Pour l'instant, dit-il, on trouve de tout en ligne. Le phénomène ne deviendra réel qu'au prix d'un processus de sélection "assez brutal", d'ici "quatre ou cinq ans".

Pour les universités françaises, le réveil risque aussi d'être "assez brutal". Coursera a annoncé la mise en ligne de cours non plus seulement en anglais, mais aussi en espagnol et en français. Cette concurrence virtuelle, si elle se confirme, pourrait les contraindre à évoluer, aussi puissamment que la technologie.

kauffmann@lemonde.fr

vendredi 15 mars 2013

Loi sur l’enseignement supérieur : des avancées et des inquiétudes pour Terra Nova